mercredi 19 décembre 2012

Corsures de ciel, morsures de miel

En route.

Phrase toute simple.
En route.

Et on entend déjà les graviers qui craquent, le vent contre les rétroviseurs, le ronronnement du ventre sous le capot. Déjà la vapeur de la locomotive, même si il n'y a plus de vapeur dans les locomotives depuis longtemps. 

En route comme en retard et comme en avant, en route, comme un participe présent. Comme "en cours de téléchargement". Et dans cet interstice, on se glisse, le ventre sur le goudron, sur les cailloux, et parfois dans la boue. 

On peut reprocher beaucoup à la voiture : en résumé elle découpe de larges trous dans les porte-monnaie et les couches d'ozone. Elle coûte trop cher à tous niveaux. Mais là où je vis, il est impossible de s'en passer. A moins de passer toute sa vie à marcher. C'est peut-être un choix que je ferai un jour, le jour où je laisserai tout derrière moi parce que j'en aurai assez, pour marcher sans fin, pour marcher des mois, pour avancer sans faim. En attendant, je roule, sans train et sans vélo, tous les jours ou presque. 

Maintenant je connais ces dizaines de pluies différentes qui nagent sous l'automne : les grosses gouttes qui s'abattent et semblent exploser, les petits grains de riz déversés par milliers. les larmes qui serpentent à l'envers comme si le sol chialait, les ruisseaux qui se forment sans discontinuer. Et je les sens autrement sur ma peau. Les gouttes qui effleurent, celles qui éclatent, celles qui glissent et celles qui mordent. Celles qui détrempent, celles qui piquent, celles qui caressent, celles qui roulent. Paradoxalement, le pare-brise m'apprend à sentir la pluie. 

Les obligations m'arrachent à mon lit avant que le soleil n'ait secoué ses paupières fatiguées et brûlantes à la surface du continent. C'est difficile pour moi, de ne plus vivre la nuit. mais je découvre tous les jours ce que c'est, vivre dans l'aube. Depuis quatre mois, je n'ai pas vu deux matins semblables. J'ai dévoré le bleu électrique, le noir embrumé, le gris, léché les nuances de rose et de violet, l'orange vif et mordoré, les corsures de ciel, les morsures de miel, les dorures posées sur la cime des arbres, les ombres étrangement lumineuses émanant des forêts, réappris à chaque fois, très naïvement, que la terre est ronde, que l'horizon appelle sans relâche  Ce sont les clochers de Martinville redécouverts sans cesse, à blanc. Cet élan qui me saisit dans les bois, dans les tournants, et me pousse à écrire, à photographier, à peindre dans ma tête à défaut de papier. 

Les prés sont inondés, quel effort pour ne pas m'arrêter, regarder. Je resterais des heures, si je m'arrêtais. C'est peut-être ce qui rend l'écriture de récits difficile, cette nature contemplative. Les prés sont inondés, et j'aimerais y passer mes journées, à patauger, les yeux pris entre la terre et le ciel. Le pare-brise m'empêche de tout laisser tomber pour aller dormir dans la boue de ces prés. 


Le beau m'appelle. J'y entre comme on frissonne sous la main et les lèvres. Je ne fais que passer, je reprends ma journée comme on repart dans le froid, en se promettant, que la prochaine fois, on restera ensemble à boire du chocolat en écoutant le son de la neige et de nos voix voilées. D'accord, peut-être pas la prochaine fois, mais celle d'après, oui, celle d'après c'est décidé, on refusera de s'arracher. On s'offrira l'amnésie entourée de rubans pour ne garder du jour que l'arbre qui vit, ostensiblement ancré dans l'aube et la journée. 

jeudi 13 décembre 2012

Des Z'hasards

S'étonner des hasards et des coïncidences.
Comme des trappes dans le dos

S'étonner moins pourtant
Ou sans cette inquiétude
Plus confiance en la vie et ses petits tricots ?


lundi 10 décembre 2012

Lignes de fuite

Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

De cet éclat des pages blanches. De ces pages sans traces, sans tâches, sans boutons sur lesquels appuyer pour faire tout sauter. Je ne sais si je cherche le lieu d'avant les mots. Ou bien le lieu au delà des mots. Je ne sais pas vraiment, d'ailleurs, si c'est un lieu, ou un temps. Peut-être s'agit-il même d'une autre dimension.

De cet éclat, qui n'est pas une cassure. Et de cette perfection inhumaine. Ni divine, non plus. Qu'y a t-il de plus humain que l'idée du divin ? Le rire ? La main ? Le doute ?  Le désir ? La fascination ? La guerre ? La morale ?  Le travail ? Le langage ? La mémoire ? N'est-ce pas un peu la même chose ? J'ai comme l'impression que tous ces mots se croisent, viennent diluer un de leurs coins dans un centre brûlant  dans un soleil, en fusion. Alors que  leurs spécificités demeurent en surface, comme des rayons sur lesquels on repose. Tous disent la rupture. La cassure. L'ébrechement profond, celui qui fonde et motive.

De la page blanche, perfection, plénitude, infini. D'une forme de vie animale. D'une forme de mort. Au sens le plus beau et le plus désespérant des termes.

*

Depuis que je suis toute petite, l'idée de l'infini me terrorise. je la convoque souvent, et on bavarde. Je me mets dans tous mes états :  tout ce que je sens face à cet infini, c'est la limite et c'est la faille. Alors, quand je suis arrivée tout contre la peau, tout contre la blessure, on se dit au revoir.

Le reste du temps, je cours sur les lignes de fuite.

Je n'y peux rien, dans les tableaux, je ne sais pas rester au front. Il faut que j'aille voir plus loin, derrière. Il faut que j'aille me cacher peut-être. Et sans me vanter, je fais ça très bien, me cacher. Fuir. Fuir la peau et les plaies. Jouer à la balançoire sur les maux et les mots, vraiment, sans jeu de m, dans l'espoir et la crainte de me rapprocher, de m'éloigner, de sauter quelque part où enfin, le vide n'aurait pas de sol où se cogner. A la recherche d'autres mondes, à côté de moi, en dehors de la peau. Il faut que j'aille voir en dehors du cadre. Je déforme les mots, les phrases comme on tresse une corde pour s'évader. Mais toujours ce sont les mêmes mots qui me séparent et m'aliènent. En dehors du cadre pour inlassablement finir par y revenir, pour essayer de le remplir, de le faire résonner. (Et ne pas vouloir penser à Hegel en écrivant cela).

Le reste du temps, je cours sur les lignes de fuite.

Je comprends mieux pourquoi, adolescente, je voulais travailler sur la langue comme facteur de colonisation et de libération. Avais-je déjà compris confusément que cela dépassait le cadre de l'Afrique ? Que nous en étions tous là, au fond ?

Le reste du temps, je cours sur les lignes de fuite.

Ainsi abasourdie devant les tableaux abstraits, devant leur "ici" presque obscène. Prise au piège de leur présent tout entier et sans chemin vers l'extérieur. Tout est là, et nous voici forcés de regarder en face. Comme Méduse. Cette Méduse de Jawlensky, dont le regard si direct et si simple calcifie. Moi, je baisse beaucoup les yeux et je m'excuse pour un rien. Je m'effrite sous la vie. Quand le poème est sans concession. Mais si la route est longue encore, il m'apprend à tenir comme un bruit blanc.

Le reste du temps, le reste du temps... 

Je me construis des grottes, et c'est encore une manière de fuir. Par la lenteur. Par la solitude. Je ne sais pas quand j'ai découvert que ces deux choses étaient de puissantes subversions. Se terrer, s'en terrer, comme on s'en ciel, à la recherche de la même chose, de ce blanc, de ce noir, de ce qui enfin serait sans bribes et sans fragment. De ce qui serait sans taille, sans limite. A la recherche dans mon corps de ce qui a tant troublé mon esprit. 

Et le reste du temps, j'attends. 

Quand on me dit que je "perds mon temps", je souris en pensant que c'est exactement ce que je cherche. Perdre le temps mis de côté dans des poches trouées, ne pas économiser chaque seconde mais les regarder frissonner comme les bulles. Intenable. Je ne sais pas ce que j'attends, je crois que je n'attends rien de particulier. Comme si attendre c'était une manière d'espérer, de désirer, et en même temps d'être là, dans un monde qu'on ne peut concevoir ni fini ni infini, et qu'on peut pourtant sentir battre et se taire, au même instant. J'attends, j'entends, je regarde. Mes yeux courent sur l'horizon. 

Et le reste du vent... 

Quand on dit que "le temps perdu jamais ne se rattrapera", je souris. Comment croire que le temps s'attrape ? Qu'on peut y mettre un poing, et le tenir, comme un bouquet ? Certes, tout est immédiatement et irrémédiablement perdu. Et le fait de cavaler sur les aiguilles n'y changera rien. "Make the most of it" ? Envie de sentir l'épopée minuscule qui ne cesse jamais. On peut être immobile, seule, et courir sous la pluie, et danser sous la vie. On peut-être immobile, seule, et sans cesse à l'aventure, à l’affût des déliés qui nous mèneront au plein derrière leurs jungles folles. 

Et peut-être au mitan, apprendre à demeurer, apprendre à devenir à la fois les lignes et le point, apprendre à être en perspective. 




jeudi 6 décembre 2012

Vases Communiquants de décembre : Amélie

Pour mes premiers vases communicants, j'ai la joie de vous laisser en compagnie d'Amélie (like the movie), amie, enseignante de FLE en Kirghizie, et source d'inspiration pour les mots et pour la vie en général.  De mon côté, je suis de passage sur son fabuleux espace. Et puis, pendant que vous y êtes, allez voir là-bas si elle y est (avec d'autres), pour donner, un peu comme la crème de marron dans le fondant au chocolat, de la profondeur et du velouté au quotidien 
Laissez-vous dépaysager. 
Belle journée à vous. 





J'ai proposé "l'impatience" à l'habitante de ces lieux parce que j'avais hâte d'échanger avec elle, parce que nous le faisons depuis longtemps, à plusieurs endroits, de multiples manières, mais que les vases communicants, c'était une nouvelle façon de faire, et je crois pouvoir dire que l'image nous parle à toutes les deux. Merci à toi, de m'accueillir, avec mes marchroutkas rouillés, au milieu de ce vert, et de tes mots en vers, qui toujours savent me toucher.


Poème de marchroutka

Je voulais écrire un poème de marchroutka
Comme d’autres écrivent des poèmes de métro
Mais les corps pressés compressés empressés embrassés
Embarrassants
Impatients
Mais les regards intrigués
Fatigants
Je ne m’habitue pas à ce qu’on m’observe si tant

Je voulais écrire un poème de marchroutka
Comme d’autres écrivent des poèmes de métro
Mais la chaleur éreintante
Apposée à la buée du dehors
Aux degrés en moins
A ce froid qui mord
Mais les ornières de la route
Secousses des passagers
Mais les corps qui se voûtent
Contorsionnistes de voyage
Nous sommes des pantins claqués
Calqués
Sur l’aube

Je voulais écrire un poème de marchroutka
Comme d’autres écrivent des poèmes de métro
J’ai appris à décliner les mots ici et
J’aime cette langue
Puisqu’elle me permet ça
Les doigts désaisissent le plafond
Pour indiquer au chauffeur
Où je m’arrête
Où je descends

Je voulais écrire un poème de marchroutka
Comme d’autres écrivent des poèmes de métro
Huit com glissés dans sa main
Lanière en caoutchouc pour refermer la portière
Sur le rien
Pas d’arrêt pas d’horaire
Après tout pour quoi faire
Quand on peut juste dire où l’on va
Et attendre sans en avoir l’air
Que veuillent bien s’arrêter
Les marchroutkas

Je voulais écrire un poème de marchroutka
Comme d’autres écrivent des poèmes de métro
Mon corps est chahuté
Mon carnet est désert
Mais il est encore tôt.

Amélie Charcosset
[décembre 2012]


lundi 19 novembre 2012

L'humanisme ?

Voilà qu'en relisant quelques documents sur l'Humanisme pour mes cours de Première, j'ai sautillé sur la correspondance entre Rabelais et Erasme. Et puis j'ai pensé à "L'Auberge Espagnole" et aux visions d'Erasme (et à un gite dans le Beaujolais, mais c'est une autre histoire), je me suis demandée s'il y avait un extrait à relier à l'humanisme. Pour essayer de redonner un peu de fluidité à ce cours à l'éléctro-encéphalogramme trop plat ou trop accidenté. J'ai re-regardé dans le désordre des extraits du film. Et il m'a fallu au moins un quart d'heure pour réaliser que je courais moins après le seizième siècle qu'après une clôture pour ce beau week-end. Pourtant, rien n'est identique à Erasmus, ni nos voix, ni nos liens, ni les rues traversées.
Mais leurs récits, et leurs vies, leurs aventures plus ou moins lointaines - leurs silences parfois aussi - me parlent de quêtes miniatures comme gargantuesques, de désirs, d'ailleurs, d'aller vers, de quitter, de retrouver.

"Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective, des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà, plus tard, on aura habité cette ville. On aura marché dans ses rues, 
on aura été au bout des perspectives, on aura connu ses bâtiments, on aura vécu des histoires avec des gens. Quand on aura vécu dans cette ville, cette rue on l’aura prise dix, vingt, mille fois… "

Je pense à C. et aux citations sur notre mur. Sur son mur à présent plus loin du mien. Je pense à A., car je suis en retard, de sourire en me disant qu'apprendre à découvrir les lieux m'a appris à découvrir les gens. Et inversement. 

Aucun de nous trois ne demandera jamais "alors, cette année, c'était comment ?". On sait qu'il n'y a pas de réponses. Qu'il faudra dérouler les fils et les mots autrement, dans des questions ponctuelles, dans des verres, dans des photos. 

Nous ne sommes plus étudiants, plus vraiment. Le monde professionnel  par les stages, par les boulots, par l'acquisition d'indépendance, fut-elle ponctuelle, est passé par là, irrémédiablement. Et avec lui son vocabulaire, ses savoirs, ses blessures, ses questions, ses assurances, ses tracas, ses responsabilités. Pourtant, quand  Xavier demande vers une terrasse "Erasmus ?" mon ventre se retourne. Et je suis sûre qu'il en serait de même pour le leur. Il y a ce mot de passe, partagé par des milliers d'étudiants, et puis il y a la connivence d'avoir inventé notre propre définition du terme. Bien au delà des mots et des dictionnaires.

Je ne suis pas nostalgique. Je ne regrette pas cette époque. Elle reste, comme une cicatrice, bien implantée, qui transforme le corps durablement. Au delà des images d’Épinal  l'honnêteté de se rappeler des joies intenses comme des douleurs poignantes. De se l'avouer, longtemps après. 

Il me vient alors cette idée saugrenue : l'entrée dans mon métier me parait comme un reflet inversé, comme un pendant d'Erasmus. Car si la difficulté a présidé à la première année, les moments de grâce ont cette senteur musquée et insubmersible. C'est aussi poignant et fort que les traversées successives. C'est un dépaysement inouï, épuisant, enivrant. C'est une aventure dans laquelle je laisse quelques plumes pour porter plus simplement la peau qui subsiste, sous tout le reste. 

"Je vais faire ce que j'ai toujours voulu faire."

Et peut-être est-ce aussi ce qui me pousse à courir, un peu plus loin, sur les pages. Ce qui me rappelle à la poésie.  

"Après tout, si, c'est une histoire de décollage"




vendredi 9 novembre 2012

"Je" dangereux ?

J'ai suspendu mon geste, mais c'était trop tard. Le trait rouge était là, encré sur les carreaux, sur l'encre bleu. J'ai suspendu mon geste un instant trop tard. Stupéfiée. 
J'ai rayé un "je" dans une copie. 
Réflexe académique. Code de l'institution scolaire française. Pas de "je". De "Je pense", ni de "je crois". Réflexe de bonne élève devenue prof. La rature partait d'un de ces terrifiants "bons sentiments" : transmettre une code. 
Mais ce "je" barré, soudain c'était insupportable. La force de l'image, du symbole de ce "je" barré. Je me suis rendue triste. C'était tout ce que je ne voulais pas de mon métier comme aliénation de l'élève, comme aliénation de moi même. C'était notre négation à tous. 
Deux lettres, un trait, pour ajouter à la fatigue de ces corrections sans fin et aux interrogations qui s'ensuivent irrémédiablement. 

En accord avec la bande originale du dernier James Bond qui tournait à ce moment là "Let the sky fall when it crumbles..."

Et puis se reprendre, minuit passé, alors que ça y est, la dernière copie est corrigée. Sourire, parce que oui, deux lettres barrées, ce n'est pas négligeable. Et en même temps, je me sens tellement moins déchirée par mon métier, mes élèves me semblent eux aussi plus sereins. En vrai, même si j'ai barré un "je", je m'aperçois que je m'approche de cette fameuse "individualisation", de tous ces "je" dans le nous de la classe. 

Fatiguée, mais rassérénée  je peux aller me coucher. Il faudra continuer à veiller aux choses minuscules qui nous séparent, mais ce soir, ce n'est qu'un trait et il ne dit pas tant, finalement. 

mercredi 31 octobre 2012

Il n'est pas dimanche mais...

... un petit Boris au débotté, ça fait plaisir quand même. 


Un quart née

Faut quand même que je vous dise : une nouvelle dimension de Lapiazée est ouverte : ça s'appelle Un Quart née... et trois autres à-venir, et il s'agit de petites choses brouillonnées, d'extraits de projets en cours, de presque-poèmes.

jeudi 25 octobre 2012

Filles de taire

Chère mademoiselle,

Je vous écris du bout du temps
Du bout du monde, accessoirement
De ce confin , comme insulaire
Où je désert en ce moment.

Parce que j'entends la voix qui
M'est si familière, m'est si
Lointaine, autre, qui m'est si chère
Cela me serre, cela me suit

Je pensais à ces vieux tourments
A mes émois adolescents
A cette rencontre naguère
A l'atmosphère, aux belles gens

J'étais triste, un peu ahurie
Je logeais des poumons de suie
J'étais triste et j'étais sincère
La gémellaire au fond du puit

Et vous, vous aviez du talent
De la patience, tempérament.
De votre présence temporaire
S’aère mon phrasé ciment

A voix ouverte l'heure s'enfuit
Se dessinent les embellies
Résonnantes et printanières
Je m'affaire à bruisser d'envie

Croire et croître vers un avant
Au milieu des mots qui, dansant
Me fleurissent à la boutonnière
Que m’indiffèrent les passants.

Et voilà que je suis partie
Vers d'autres verres, vers d'eau de vie
C'est ce que font les filles de l'air
Les costumières qui s'enfuient

Vous avez quitté un moment
Après ce lieux de mes seize ans
Et les années font des misères
Aux pairs qu'on échappe dans le vent

J'envoie toujours mes mots-toupie
Jouer le monde à la bougie
Je vague baléinoptère
Ephémère atome qui sourit

Aucune pitié pour l'antan
Il s'est accroché si longtemps
Au cou du frêne centenaire
Si poussière, plus rien n'attend

Que cette pause boitillement
Sous l'aile légère des gréements
Pour vous saluer femme terre
Dans l'aire de nos cheminements

Si les aiguilles aguerries
Ne croisent ni le pas ni l'abri
Des fils, écailles, embarcadères
Ni les nerfs tressés sous les cris

Si on ne recroise vraiment
Ni les sourires, ni le chant
Ce brin de jour, cette lumière
Un réverbère pour les absents



















samedi 20 octobre 2012

Epuisée ?

L'épuisement est-il la négation du puisement ? Comme un genre de "ça y est, vous avez dépassé votre quota de puiser dans le monde, on ferme la source pour maintenant". Comme un genre de "le seau est usé, faut s'en aller".
Epuisée, c'est un peu fort, mais très très fatiguée oui. Parce qu'il faut à la fois penser le cours, le mener,   prendre les 31 élèves juste avec ses deux mains, et se débrouiller quand il y en a qui lâchent (en permanence donc) pour aller les rattraper sans perdre les autres, réfléchir à ce qu'on fait et à ce qu'on va faire, et puis anticiper, après, préparer, corriger, organiser pour finir la séquence avant les vacances. J'avais tellement confiance en ce début d'année,  je sens cette confiance s'erroder. Quand je constate que j'arrête de travailler au moment où je devrais être couchée, quand je réalise que je n'ai pas pris le temps de manger à midi, quand je sens les questions et les doutes qui reviennent. quand je me dis que neuf/dix heures de travail et une de transport, dans la même journée, ce n'est pas tenable ad vitam.

Mon rythme de vie a changé, me suis-je dit ce matin, vers 8h30 alors que j'avais l'impression d'avoir traînassé  Mais que le ménage, la toilette, et le pain perdu étaient faits. Il n'y a pas si longtemps, je vivais à moitié la journée et à moitié la nuit. Je "perdais" joyeusement mon temps, le distribuais dans le superflu essentiel à mon calme. Même en prépa, même en concours, je n'ai jamais connu ce rythme là. La petite fille en moi se rêvolte. Il n'est pas même dix heures et je songe à aller me coucher. Parce que d'une certaine manière, déjà, je suis épuisée. En rupture de stock. Il ne reste qu'à fermer boutique.

Pourtant, c'est là, au milieu de cet épuisement, de ce qui reste de mon trouble, que je souhaiterais écrire. Les carnets me tendent leurs feuillets incomplets. Les crayons frémissent sur le bois. Mais je me refuse, encore, parce que demain, il y a école. Paradoxalement, cette vie d'adulte me ramène a une sagesse et à une norme toute écolière. Merde alors.

Je pense à lui, dimanche, qui me disait en substance, de ne pas me remettre à plus tard, de ne pas me contenter de projeter ma vie sans jamais aller voir ce qu'il y a au bout du fil. De faire attention à ne pas me dissoudre dans les envies remises au lent demain. (un salut à l'élève de 6e qui fit cette trouvaille...). Des résolutions se tissent, pour n'abandonner ni l'enseignement, ni le reste. Une fois le fil tissé, on a le choix. Aller explorer le labyrinthe, ou rester là, et s'y pendre.

Je souris, en direction de l'ado en moi, celle qui a rencontré S. et découvert Antigone la première fois, cette ado qui sait que l'enseignement et le reste, tout est lié, par le fameux fil encore emmêlé  Et elle me rappelle, qu'elle veut "croire que tout est encore...". Encore, déjà, là.

vendredi 12 octobre 2012

White Rabbit, Black Habits

[billet en gestation depuis un bail, qui s'est transformé jusqu'à arriver là]

En retard, en retard... 
J'arrive toujours en retard. Sauf au boulot. Mais ailleurs, beaucoup, beaucoup trop. D'ailleurs il y a tant de choses que je fais "de trop". Dormir. Manger. Procrastiner. M'inquiéter. Même si tout ça tend à s'améliorer. Clairement. Mais. J'achète des livres sur des coups de têtes. J'arrache les petites peaux sur mes boutons. Je tire sur mes hauts. J'écris des lettres que je ne poste pas. Je m'excuse souvent. J''oublie les papiers et les formalités. Je m'épile quand j'y pense. Je tords mes mains et mes pieds. Je chante trop fort. Je regarde des films et des séries, parfois fabuleux, parfois de qualité très douteuse. Je papillonne du regard. Je ne sais pas rester tranquille. J'ai des idées de textes que je ne note pas et que je perds ensuite. J'écris des trucs pour des gens qui ne passent pas par ici. Par exemple : je pense toujours à toi quand elle chante ce poème de René Guy Cadou. Voilà, encore un truc qui va se perdre quelque part sur la toile. Je me demande où ça coule, tout ça. Tout ce qui n'est pas lu ou presque pas. Est-ce que c'est foutu, superflu, poussiéreux, prétentieux ? Je me demande des choses qui servent à rien. Mais, ces questions, j'en ai besoin. Je me fatigue, et en même temps, je m'autorise peu à peu à m'aimer bien. J'ai envie de crier des trucs à la terre, mais ces trucs là, je sais pas faire. Alors pour une fois, j'apprends à me taire. Mais un jour, j'ai peur, un jour je crains, que tout ne craque, que ça ne perce.  Et que le flot s'emporte loin. Et que ça fasse mal au point de revenir des millénaires en arrière, à quand moi et moi, on se supportait pas tant que ça. Et que ce soit trop dur, trop tard. 

En retard, en retard.
Je vois des liens tendus  partout, avec les gens que le lis, sur du papier ou sur l'écran. Même s'il s'agit de lianes qui ne sont pas lancées vers moi, je les attrape au passage, parce que ça fait sens ces toiles tissés avec le monde. Le chapitre d'hier soir intitulé "Sérendipité", à la lumière dans la bibliothèque d'un château normand. Les mentions de Perec, me donnent une forme de petite cuiller. Le nom sur la carte topographique - il est question de pierre et de fées- le même que celui visité il y a très très longtemps avec les parents et leurs amis. Alela Diane, et mes pieds fatigués sur le chemin du mini-mémoire à Dublin, quand on s'envoyait des mails avec A., que j'allais me coucher, qu'elle venait de se lever. Des gazouillements sur le silence, la poésie. Un vieux projet retrouvé dans un carnet, où déjà il est question des crimes, de ceux qui sont revenus hanter ma poésie. Et tant d'autres encore, encore, dans cette fameuse cohérence dont je n'arrête pas de parler, au milieu de l'absurde et du chaos.

En retard, en retard.
A défaut de lapins blancs, j'offre mes heures de course après le vent aux vaches claires qui se prélassent dans les champs, déposées comme des fleurs, ici et tellement ailleurs, dans une tranquillité. Le long de l'eau en revenant du collège et du marché, j'ai eu une poussée de joie comme d'autres ont des poussées de fièvres. Joie d'avoir à la fois l'eau, le collège, le marche, et les vaches et l'arbre fou dans le pré. Les jours ici naissent dans un épais brouillard qui permet de rester encore en soi, qui permet de laisser un peu de flou aux choses, de les rendre moins tranchantes. De croire que le monde et ses mauvaises habitudes ne sont pas encore dessinés et qu'on peut encore y mettre ses coups de craie. 

jeudi 11 octobre 2012

Dans la poussière #3 Alouette

[Retrouvé dans un pré-carnet datant du printemps 2009 : texte d'atelier d'écriture en musée, dans une pièce d'échantillons de bois dont le plus lourd était celui de l'amourette. Consigne : écrire un texte commençant par "L'amourette est la plus lourde" et finissant par "L'alouette est la plus gourde". Renversée, forcément.]


L'alouette est la plus gourde. Ah, Alouette, gentille Alouette. Déplumée, pas une cacahuète, le corps en cassolette. Elle n'a qu'un L, elle n'a qu'une aile, bancale éternelle. Alouette, gentille alouette, bonne poire, bonne pâte, que de surnoms ennuyeux, à se plier les yeux en quatre et à se mettre le ventre en deux. Et comment trouver le milieu ? Trop lourde ou trop légère. Tout est question de poids. D'être fait du bon bois. De peser le juste soi. D'être cuite à coeur. Oui, mais mon coeur à moi, il se bat, je demeure sourde. Et l'amourette est la plus lourde. 

lundi 8 octobre 2012

Des fois...

... je me souviens que j'aime bien Clarika, et j'en prends une lampée, avec des clips kitschs et fabuleux, autant qu'avec des mots tous simples qui font mal vers le nombril. Et puis il y a ce titre là, "Je t'aimais mieux",  joyeusement cruel, que je vous laisse découvrir :


A côté de ça, ma gourmandise du moment : Battle Royal par Duke Ellington et Count Basie. Miam. Swing.

mardi 25 septembre 2012

Le plus bel arbre mort du monde

Les vieilles dentelles qu'on croyait détricotées ont une vague tendance à retrouver, sous les aiguilles, leurs anciens motifs. Et les petites cuillers, leurs formes ancestrales. 

C'est à cause des vieilles dentelles et des cuillers que la route s'ouvre, dans un semi hasard, au mitan de la journée. A côté du quotidien, les chemins sans flèche viennent caresser la peau des yeux. La paupière s'ouvre un peu. Le voisinage s'enlumine, il n'est pas encore connu. Il ne se laisse pas attacher par le participe passé. Les billes n'en reviennent pas de cet exotisme flamboyant, à quelques tours de roue. Je serai toujours en dessous de la réalité pour évoquer la joie qui pousse comme un lierre, dans tout le corps, alors que je découvre des chemins inconnus. Fussent-ils ridiculement proches. Infimes. Cela éclate de partout, à l'intérieur, comme une limonade, et ça s'envole, comme des bulles de nylon. Le vert, les bosses, ça me suffit. 

Soudain, je croise le plus bel arbre mort du monde.

Que voulez-vous que je fasse ? Je m'arrête, bien sur que je m'arrête. La beauté des voisinages insoupçonnés m'a sauvé la vie plus d'une fois. On a ses politesses. Comment ? Le monde prendrait le temps de vous saluer, de vous parler, et vous, vous le laisseriez en joue dans l'oeil du vent, sans une seule bise dans le regard ni un mot sur les lèvres ? 

Les arbres de ma vie me reviennent. Il y a celui près de chez mes parents, que j'ai toujours vu comme l'arbre d'Un Roi sans divertissement. Il y a ceux innombrables, pleins de mousse et de champignons presque rocheux du jura. Le cerisier a péri, me laissant une traînée de sève sur le cou. Les arbres alignés, devant la voie de chemin de fer, me sourient - ils savent secrètement qu'un jour je viendrai, filmer, photographier l'émotion semée par la fenêtre les soirs sans force. Le baobab qui commençait à pousser dans l'Atelier, alors que je me disais "Si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater". Mon corps, dans son ampleur, doit être une toute petite planète, tant il me semble parfois être enserré d'arbres et de feuilles. 

Je ne grave ni les troncs, ni les peaux. 

Je n'étais venue parler d'arbres, mais d'une ville coquette et fière d'elle, esthétique, un peu moqueuse, bien peignée, envahie d'arbres et de moucherons blancs. D'une ville qui a peint ses murs en blanc à défaut de pouvoir en faire autant de son passé. D'une ville source et pourtant, d'une certaine façon aride. D'une ville qui m'a apaisée, mais dans ce provisoire et ce regard de l'étrangère. De celle qui peut, sans culpabilité, découvrir qu'une abeille s'est noyée dans le thé, alors qu'elle écoutait un opéra, un carnet de squelettes dans les doigts, des marrons éclatés à ses pieds. 

 Il parait qu'à l'automne, les feuilles tombent, que les nerfs apparaissent sous les doigts, au bord de casser. Que les arbres sont nus, comme bien des planètes et les vers de terre. Je n'étais pas venue parler d'arbres, mais, je vous l'ai dit, j'en suis pétrie.

mercredi 12 septembre 2012

Hop Hop

L'envie si forte de swing que des heures de visionnage sur youtube. Que quelques tutos sur le lindy hop et le charleston. Que envie d'arrêter de baver devant les vidéos de Dax Hock et Sarah Breck ou de l'ILHC. Que des recherches. Que un appel. Que des cours pas si loin de chez moi. Que ça va le faire. Grave. 


lundi 10 septembre 2012

Tessons et cailloux #10

Dans le nouveau lieu, il y a des cailloux inédits disséminés un peu partout, et je les saisis, je les tiens dans mes mains, dans ma tête folle, je me repose contre leur peau moelleuse et joyeuse. Le matin, la lumière glisse dans la bibliothèque et mord dans son or, et mordore mes joues dans leurs profondeurs. Alors que l'eau frémit, les boites rondes, recouvertes de papiers et de mots en reliefs, exhalent des senteurs vertes qui vont se répandre bientôt. Le soir, le matin en sont tout parfumés. Dans un tiroir de chaque pièce, il y a une plaquette de chocolat épaisse, noire. Cela n'était pas prémédité, mais ça me plait. Autant que de constater que je dévore moins, que je déguste plus. De longs rideaux, dans chaque pièce, éclairent et adoucissent les jours. Dans le miroir en pied de la chambre, je découvre à mes traits une nouvelle lueur, un enjouement, celui qui était caché derrière mes cheveux pendant tout ce temps.

Il y a des tessons, mais ils ne coupent pas trop, alors, je les regarde briller dans cet automne ambré. Dans le creux de mon dos, encore, l'élan. L'espoir s'amenuise un peu tout le temps. Et malgré cela, au delà de cela, la foi pour la suite en des sourires tels que ceux d'aujourd'hui. Il y aura d'autres élans. D'autres fruits de saison.

jeudi 6 septembre 2012

La Rapporteuse #11 René Guy Cadou

L'étrange douceur

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s'est mis à chanter
Des fleurs naissent
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuille
Le dormeur des porches bleues
L'églantines que l'on cueille 
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux ruisseaux d'argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L'ai est plein de paille fraîche
De houblon et de sommeil
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C'est le toit qui se soulève
Semant d'astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison. 


*


Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires

Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires 
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps


Je t'attendais et tous les quais toutes les routes 
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait 
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules 
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais


Tu ne remuais encor que par quelques paupières 
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées 
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou


Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie 
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays 
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient


Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres 
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau 
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères 
Où nous allions tous deux enlacés par les rues


Tu venais de si loin derrière ton visage 
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même 
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.



René Guy Cadou

mardi 4 septembre 2012

Le sur-possible espace

Titulaire. 
TZR. 

Toutes ces choses pour prendre de l'air et parfois pour en manquer. Voilà qu'on m'intitule, voilà que je titube entre des établissements et des emplois pour ce fameux temps difficile à quantifier. Y'en a qui se disent que je pars au zoo, que je vais me brûler l'oesophage, dans des aires désertes, utilisant mille dessertes, ramassant des dissertes et des bouts de dictée. Moi, je ne crois pas. Pour l'instant je postule des a-venir possibles et des progrès en serre. 

Titulaire. 
TZR.

Je me demande ce que ça fait de rencontrer ses classes après vingt ans de carrière. Si toujours, il y a ce coup de poing, ce moment de vacillement alors qu'une trentaine de paires d'yeux vous scrute. S'il y a ce vertige et puis ces retrouvailles avec le masque. Celui de la bienveillance et de la fermeté. Celui du prof. On se jauge, et si vous en doutiez, la crainte est réciproque. Nous sommes tous là. Comme des enfants de conte. A se demander à quelle sauce on va être mangé. Si on sera là, les uns contre les autres, et quel sens ça aura. A se dire qu'à la fin de l'année, les noms et les visages me parleront. Que mon nom et leur visage auront eux aussi acquis un sens, un substrat, une connotation. 

En avançant dans ce boulot, je perds mes souvenirs d'élève. Sauf les plus extrêmes. Ceux qui ont changé la donne. Je me demande comment va se construire le nous de la classe, et ce qu'on va construire ensemble. J'espère fort qu'on ne va s'ébrécher mutuellement. C'est terrifiant, cette posture du prof, seul, à la rentrée, devant ce qui n'est encore qu'une masse d'inconnus. Terrifiant mais terriblement joyeux, aussi. Cet instant porte en lui tous les possibles. L'année dernière, il portait beaucoup de crainte. Cette année, je les regarde avec cette peur mêlée d'espoir, d'envie. J'ai presque oublié les litres de larmes dans la voiture et les envie de bousiller les murs à coups de doigts de pied. Je me souviens, mais c'est loin, différent. Tout est à recommencer. 

Je me demande si ça fera ça encore, dans vingt ans. Je me demande surtout si je serai là encore dans vingt ans.  Je n'en ai pas la moindre idée. Mais étrangement, pour la première fois, je me dis que oui, que peut-être, sans parler du lieu, de la manière, que peut-être l'envie de construire sur la durée ce sur-possible espace qu'on appelle une classe. 

Et je me remets à chanter. 

samedi 1 septembre 2012

Les naufragés de septembre

Retour de vacances. De vacance.
J'avais fais, un jour, un texte sur les chansons qui parlent de septembre : Septembre rose, Septembre en attendant, Pâle septembre. Le Septembre de Barbara et celui des Wriggles.

J'ai passé des journées si diverses et si riches que je ne sais vous en dire plus. Si ce n'est que je me sens légèrement différente de celle que j'étais en juin. Infimement. Mais quand même.

Premier Septembre. Entorse. Prendre conscience du poids de la solitude lorsqu'on vit loin. Loin parce que les proches, justement, ne le sont plus géographiquement. Loin parce que le travail ne se rejoint qu'en voiture. Loin parce qu'immédiatement, il ne faut compter que sur moi-même ou sur la bienveillance des inconnus. Quoiqu'on en dise, ce n'est pas toujours facile.

En revenant, dans la voiture, alors que mon pied avait du mal à appuyer sur l'accélérateur, il y a eu la lumière, celle qui perce les nuages et que l'on voit tomber en rayons, qui donne la sensation du divin, même sans la foi. Et la voix d'Ariane Mnouchkine, des artistes du théâtre du soleil me rappellent à ma vocation première, ma passion première.

"Juste le temps de battre des cils
Un souffle, un éclat bleu,
Un instant, qui dit mieux ?"


Demain, dimanche. Encore un peu.

mercredi 25 juillet 2012

'I have seen faces in my dreams"

Un jour, je me suis aperçue qu'au début de "Swanlights", j'entendais "I'm leaving" au lieu de "I'm living".
It's a golden thing, it means everything. 

lundi 9 juillet 2012

Murs murs

Trop de choses et trop de mondes différents pour être cohérente. Les vacances arrivent et tout avait beau l'indiquer, je suis surprise. Hébétée. Des kilomètres pour. Avec. Jusqu'à. Concert de rap sous des bouts de pluie. Le corps qui répond, les mots qui reviennent, les gens auxquels je pense. D'autres pluies, diluviennes, bien plus tard dans la nuit. "Petit frère". Se lever, passer une heure à regarder la nuit et les lumières au loin depuis le balcon. Frissonner. 
Etre perdue. Il y a des ébranlements qui détruisent.
La route derrière les efforts de bras tendus, mais les forces sont parties sur d'autres chemins. Rejoindre des oublis provisoires dans les sourires, dans les mots, dans un brunch qui dure. Lire des heures, dans les jardins du Rosaire et pas que, essayer d'y dormir un peu. Sur un banc. Comme si je n'avais plus rien. Est-ce qu'on joue à se faire peur. Ruminer, ruminer, remâcher encore pour créer de nouvelles phrases, pour comprendre, pour chasser la peur et la colère. Lire. Dans le restau seule. Finir Pourquoi être heureux quand on peu être normal ?. Essayer de cacher les larmes derrière le filet d'églefin.  Comprendre. Beaucoup mieux. Comprendre à travers l'apparente opposition. Et ces mots qui sont les miens. 

Dans la file, un autre livre. Dans la file, et sur la pierre, jusqu'à beaucoup plus tard. Jusqu'à ce que les lumières du théâtre antique et du monde s'éteignent pour écouter la grâce. La silhouette noire improbable perd en un instant son allure étrange et presque empotée. La force du corbeau. Je me sens proche de ça. Hypnoses. Bribes de pensées et de mots envahies de sensations sauvages comme des herbes, poussant au gré des airs. Pluie, encore, sur les genoux, sans bruit. Retour à la case départ. 
J'épargne quelques moments puisqu'il faut bien choisir. Journée tranquille, sommeil d'enclume anesthésiée. Le monde se réparera un peu. Peu à peu. Ces trois semaines feront du bien. Un bien fou, je crois, dans la distance et dans le rapprochement. Je rentre chez moi. Oui, chez moi. J'espère n'avoir pas tout de suite à repartir. 

Il y a des ébranlements qui détruisent. Mais c'est de ces ruines fendillées que nait l'aplomb. Je suis un mur qui se reconstruit sans cesse. Je suis un mur qui s'effondre parfois, mais c'est le prix à payer pour y ouvrir des portes et des fenêtres. Pour qu'il fasse plus clair. 

dimanche 1 juillet 2012

Encore un dimanche avec Boris : Hommes, femmes, gallinacés

Une nouvelle petite sélection: un petit tour à Pigalle avec Je peux m'empêcher, et un petit tour dans l'espace avec La Java martienne. 





Joie des fourmis, tristesse de bal

La voix de L recouvre tant bien que mal les résonances du bal sur la place. C'est étrange, ces boum boum dans le creux de cette mélodie nocturne et, d'une certaine manière, lyrique. Oui, le bal, le baloche, la guinche. Pas d'accordéon à l'horizon. Du plus loin que je me rappelle, le bal de la place, aux prémices de juillet, me laisse toujours un peu triste. Remontée des contes de fées méprisés. Qualité discutable de la musique. Répulsion de ces attroupements fillasses et mectons. Impression de solitude, parce que définitivement, je ne suis pas d'ici. De la maison, oui. Mais je n'appartiens pas au village. Mutuellement, on ne se saisit pas.  Pourtant, il y a nombre de visages connus, dans ce village. Des bises, quelques mots. Des rencontres fortuites et agréables. Mais la plupart des liens, hors de la famille, sont des liens de seconde mains. Des "amis de". Pas "mes amis de". Mes amis, ils  n'habitent pas ici, ils n'habitent plus ici depuis longtemps.  
Tout est trop fort, la musique, les rires, et la voix. Forcés. Un éclair de grâce, parfois. Rare. C'est la voix d'L qui me donne envie de danser, seule dans le salon. Avec un verre de vin blanc blanc à la main. De ces danses langoureuses, et solitaires, de ces danses essentielles, de ces crimes sans témoins. Alors, je rentre, et je me réjouis dans la solitude de la maison tardive. 

Les moments d'avant me reviennent par bribes. La nuit de travail, les fou-rires nerveux qui me ramènent à une époque stéphanoise lointaine. Se sentir solidaire, dans cette fatigue, entre le point Aznavour et le point Dalida. Avoir mal aux mains et aux avant-bras à force de tapoter sur des touches. Rire des petites bêtises. Ne pas s'endormir, exténués. 


Plus tard, les brins d'herbes chatouillent les jambes, et créent un reflet sur mon pied, juste au dessus de la grande morsure de rose. Les mots se déplient, entre les silences. Tout pèse son juste poids, tout est reçu et entendu. Des tracteurs, quelques familles, des promeneurs avec leur chien. Du passage et nous restons près du tronc couché, pas immuables mais d'une certaine manière stables. L'enthousiasme. Les confidences, the confidence. Les étoiles, le chaos, et les lianes qui les attrapent au lasso : constellations. Des nombres, des noms qui lient nos vies, qui font des formes sur nos crânes et reflètent les complicités. Les fourmis pendant ce temps s'activent dans un désordre feint. Elles escaladent les bras, les jambes, les sacs du pique-nique, silencieusement. Les idées, les projets, suivent ce fourmillement. Un papillon, une coccinelle. Antigone veille encore au dessus de nos têtes, au dessus de nos refus, à l'oreille de nos aspirations. Et le silence. Et le silence. L'essentiel nous croise, nous tricote sans fin. Tout est une étape d'une très longue conversation entamée il y a environ huit ans. L'heure a passé, le temps a glissé sans nous déranger. Reste au soir, la lumière sur le forêt, et nos voix dans la voiture. Pleines encore de ce moment multiple. Au revoir, et qui sait, à demain... 

mardi 26 juin 2012

Tessons et cailloux #9

Des bornes et des bornes, un soir, pour écouter de la musique et voir la famille. Des bornes et des bornes, musique annulée, et moitié de famille. Mais quand même l'occasion d'écouter une batucada jouer avec un groupe de cornemuses, au débotté. L'impression qu'on manque de ressources, à force d'organiser : l'annulation ne fait pas place à un fourmillement d'amateurs malgré le monde qui déambule. Et le goût de churros sur le parking. 
Aller la chercher à la gare, grignoter assises sur les quais, se poser en terrasse et boire des verres de Montbazillac dans le village éteint, longtemps, par terre, avec un peu de cendre allumée pour faire une lumière. Se parler de ce qui est beau, de ce qui ne l'est pas, prévoir les heures de marche à l'été pour cheminer. Faire le marché, que tout passe trop vite. 
Enchainer les films au ciné, être agréablement surprise parfois. Entendre par hasard à la radio les lettres de Calamity Jane à sa fille et se rappeler le lycée. Être poursuivie par ce titre "Pourquoi être heureuse quand on peut être normale ?". 
Se laisser aller à rêver. Relire des contes. Se marrer devant Sacré Graal avec les élèves. Entendre de belles choses avant de bientôt quitter cet endroit, le lieu de mes journées. 
Laisser revenir petit à petit le doux rêve de la nuit, savoir aussi que ce rêve ne prendra pas pied dans la réalité. Avoir un peu de peine, essayer pour cette fois de ne pas se laisser émietter. 
Se laisser aller à revenir, un jour, au moins en pensée.

mardi 19 juin 2012

Les étoiles tristes

On a regardé s'égrainer les étoiles sur le tableau. Les résultats par pôles. Mais sont-ils magnétiques ? De grands cercles, presque parfaits, et puis, des cabossés, qui vont en pics et abysses. Un question d'aire. De visibilité. Les lignes se font parfois lignes de fuite quand elle suivent si bien la courbe de la classe que c'en est troublant. Les élèves "représentatifs et moyens" à tous égards sont rares. Lignes de fuite aussi quand, et cela arrive souvent, les résultats ne disent que peu des efforts, ou au contraire des abandons. 
On apprend alors que les étoiles attendues sont des cercles, sans aspérités. Mais que les étoiles-étoilaires sont problématiques. (J'aimerais ne jamais avoir à le dire à un enfant).
On note, on parle, on écoute : progrès, effort, travail, participation, soin, capacités, attitude, abandon, dynamique. On fait de notre mieux pour ne jamais se contenter d'une vaine plainte, mais pour trouver des solutions, des propositions, pour provoquer des déclics, pour aider la confiance, pour restreindre les mouvements descendants. C'est long, c'est fatigant d'aider quelqu'un à son corps défendant. C'est impossible en fait, mais je crois que l'impossible on le tente (presque) tous les jours. Juste parce que des fois, ça marche. 
Et puis on est passé à une nouvelle étoile. Toute petite et toute accidentée. C'est le déluge qui en est tombé, parce que l'élève derrière l'étoile avait mis tellement de force CONTRE, que la situation était intolérable pour tous. Il n'a eu de cesse de se saboter, de se saborder avec un sourire franc et massif, avec une voix forte et assurée. L'impuissance a rarement atteint de tels sommets. Le pourquoi qui résonne n'obtiendra pas de réponse. Alors, le déluge, le dégel, et moi je regarde l'étoile. Elle a un peu une forme de papillon, mais c'est tellement triste, ces ailes atrophiées. 
Ce soir, j'ai vu défiler des étoiles, un peu étourdie parfois, et je me demande jusqu'à quel point on les dessine, jusqu'à quelle point on leur permet de s'étendre et de s'allumer. 

Il est toujours grand temps....

vendredi 15 juin 2012

"Et on prendra un dessert à la maison"

Les derniers jours studieux malgré les joies et libérations diverses. Copies, notes, bulletins et tout le tintouin. Parler du célibat dans une Épicerie qui n'est pas un bar à tartines mais quand même. Batailler et rire à la fois avec des élèves qui se sentent déjà en vacances. S'amuser à les surprendre. Encore toujours. S'énerver aussi. De les voir parfois se saboter joyeusement. De les regarder s'ignorer, oublier de s'écouter. Sourire fort de leur enthousiasme d'avoir obtenu une note inespérée.

Et puis aller boire une mousse en terrasse avec Ma.
Et puis le lendemain, repartir ensemble et parler des heures. Devant les crocus du café Charbon, devant un verre de Montagny. Et puis en souriant devant un dessert tout en sachant que dans la voiture il y en a un autre pour plus tard avec ceux qui attendent à la maison. Parler, et petit à petit confier, parce que cela va de soi. S'étonner, s'interroger ensemble. Dans cette compréhension complice et évidente alors que la tablée derrière nous hurle et parle de foot. Parler de lui, parler d'elle. Des autres lui et des autres elle. Revenir une heure trop tard, s'en foutre. S'installer dans le jardins aux herbes hautes près de la balançoire, en grignotant. Dans la cuisine, devant une tisane. Dans la voiture. Parler parce que cela va de soi, parce que le flot ne saurait être endigué.

En rentrant, la nuit et les étoiles, le ciel qui contraste avec la place. Penser qu'elle me fait comme une chanson des Têtes raides. Que je ne sais pas plus ce qu'il faut que je fasse de tout ça. Pas elle, mais elle.

Sourire, épuisée.

mercredi 6 juin 2012

Tessons et cailloux #9 Résidus de pensées

Si Darwin m'avait rencontrée, je crois qu'il m'aurait dit d'arrêter, que sérieusement, c'était pas la peine.

De même que dans une autre vie, je fais du rap, dans une autre vie, je suis punk à chien.

Comment peut-on sortir dignement de tout ça ? Si on peut en sortir. Cela ressemble tant à un piège, à un magma qui absorbe tout, et en premier lieu la contestation. Et s'en nourrit. De la chair à canons de beauté. De la chair à c(an)onsommation. De la chair à canoniser des salauds. De la chair à. Et les os, alors, seront-ils rongés ?

Le plus terrible, c'est que la douleur vienne moins de la perte que d'un ego éraflé. Pourtant, depuis le temps qu'il est douché à haute température, il devrait avoir rétréci, l'ego, non ?

Souvenir d'une comptine, en boucle, "Sur la route il n'y a que moi, et un arbre si je veux, dans le pare-brise si je crois, que la chandelle ne vaut le jeu..."

Et maintenant, on va où ? Et maintenant on fait quoi ?

"Je ne t'ai pas dit la vérité, elle est beaucoup trop belle pour que tu la supportes" Cette phrase dans le film me rappelle une autre phrase, il y a longtemps, après une soirée hors de toute atteinte.

Il a galéré pour Wapi Yo, le son grésillait. Et puis, ça a fini par tenir. Miraculeusement, sur le fil. Et plus rien pour briser la grâce tendue à bout de corde.

Elle est arrivée en tenant à bout de bras son sourire, sa voix, son accent chantant et sa foi. C'était tellement touchant, malgré la résonance terrible de l'église. J'ai claqué des doigts, comme un encouragement du passé vers le présent. Et la petite fille qui s'assoit sur la scène était dans son ventre, la dernière fois, ça fait tout drôle. Et ça fait beau.

Et maintenant, je fais quoi ?




mercredi 30 mai 2012

Est-ce que c'est rien, ça ?

La vie a souvent tenu à des choses minuscules cette année. J'avais peu de choses et dans gens auxquels me raccrocher immédiatement. J'ai donc jeté mes fils sur tout ce qui m'a apporté un peu d'enthousiasme ou de réconfort. La beauté des environs immédiats, la lumière, les nuances de vert, une chanson, un poème, un carnet, un verre de vin en corrigeant des copies. De quoi se rappeler encore et toujours que le beau n'est ni inutile ni superficiel. Et le résultat est là aujourd'hui, plus léger, plus facile, moins douloureux. Voici quelques sourires, flous, pris dans l'instant au téléphone à partager avec vous. 

Les oiseaux de Knar autour de Lyon, qui étaient le long du chemin de fer vers Sainté, qui étaient vers celui qui passait au nord de l'appart' partagé avec la coloquinte, qui étaient sur le périph', et qui me donnent toujours l'impression de rentrer à la maison

Les fabuleux bocaux de l'apothicairerie

Les crocus du café Charbon, le mercredi, après les copies et avant le cinéma

La lampe imparfaite mais chaleureuse

Le petit pub au bord de l'eau

Le retour au village

samedi 26 mai 2012

"Ist es nichts ?"

J'allais proposer une nouvelle récolte de tessons et de cailloux, et puis un peu par hasard en jouant à Schabadabada, je suis retournée lire des passages de Baal, la pièce de Brecht. Une de mes pièces fétiches d'adolescente, une des pièces qui me prennent par les veines, avec Antigone (toutes versions confondues) et Peter Pan (oui oui, c'est une pièce à l'origine). Cette pièce, je l'ai découverte par le biais d'un téléfilm d'Uwe Janson avec Matthias Schweighöfer dans le rôle éponyme. Il résonnait avec ce côté enfoui mais bien présent, mon "côté punk". C'est là que j'ai commencé à dérouler le fil de la dévoration, de la faim du monde, et de la destruction qui existe dans toute création. Pour être honnête, l seule chose qui aurait pu me motiver en allemand, ç'aurait été de pouoir lire Brecht dans le texte. J'ajoute qu'il a écrit une version d'Antigone. Qu'il a été traduit par Guillevic. Pour Baal. Mais ça je ne l'ai su qu'après. Je vous laisse avec cette video et cette interrogation qui me hante encore : "Ist es nichts ?" 


mardi 22 mai 2012

Carnet incarné


 Voilà que le coeur bat trop vite car le carnet n'est plus sous la main ni sous le regard. Les doigts cherchent, fouillent, avec les yeux, ils sont quatre en marche pour faire taire l'angoisse qui s'enracine. Et si ? Et si ? Il ne faut pas y penser, pas y penser sous peine de sentir un peu de chair s'écorcher, un ventre se creuser. Pas y penser, pas y penser parce que sinon il va pleuvoir trop fort. Pas y penser, pas y penser. A force de n'y pas penser je ne fais plus que ça. Et si, et si, et si... Pas y penser, pas y penser pashi pensé pahipensé pahipensépahi... Les mots ne sont plus que des tempes qui battent, qui implorent. 


Que se passe-t-il si on perd des squelettes ? 









mercredi 9 mai 2012

Tessons et cailloux #8

Les champs de colza éclairent les routes, le vert tendre qui frémit sous le regard et sous les vents d'avril. Sous la pluie de mai.
J'aurais aimé ressentir cette liesse affichée sur les écrans, mais non. Un soulagement, un souffle, oui. Cependant mes espoirs ont la vue courte. La journée a été belle, pourtant. Dans le petit chemin, tous les quatre, nous avons fredonné Le chiffon rouge, comme souvent ces dernières semaines. Et puis ne prendre qu'un bulletin sur la table, pour ne pas gaspiller. On a encore chanté, des damnés de la terre, des partisans. C'est bon d'avaner de concert. Quelques discussions, quelques suspens éventés, quelques parties de jeu, et l'envie de ne pas repartir, mais monter quand même sur des roues pour arriver bien après l'extinction des feux.
La rentrée, toujours douloureuse, épuisante, mais des sommeils insubmersibles pour rattraper. Les parachutistes tournoient et puis il y en a un qui sort, tissu à la main, du grand champ de colza. Je continue de chanter de plus en plus fort dans la voiture. C'est ma manière de lutter contre la peur, contre la solitude. Je pense au colis japonais, juste à côté de moi, et si cher à mon coeur, je pense aux présences lyonnaises fortes et douces. Et drôles. Je me dis que ça ira.




jeudi 3 mai 2012

Soudain je me suis souvenue...

... de la nécessité qu'il y a à vivre seul.


Cela permet de pleurer sans jamais avoir à s'expliquer.

dimanche 22 avril 2012

"Et quelques fascisants autour des 20%..."

Des chiffres, des tableaux, des mots qui s'étripent et se coupent. Et des images de liesse qui me laissent interdites. Beaucoup de choses m'occupent, mais pas la réjouissance...

mercredi 18 avril 2012

"Le Lent Demain"

Voilà qu'une fois encore, une bêtise rendit à la langue toute sa poésie et tout son sens.
Me voilà rêveuse soudain, pensive devant la copie de 6e. Je songe au temps qui s'étire dans sa très longue chaise et l'impatience des enfants. Que c'est loin, ce "un jour", ce "plus tard".
Ce lointain, lent, demain.

jeudi 12 avril 2012

(...)

Le silence ce soir me laisse un peu moins forte.
Pas que ce soit grave, non.
Mais un peu triste quand même.

J'aurais bien aimé qu'on pense, ce soir, au poids du silence.

mercredi 11 avril 2012

Giboulées

Aujourd'hui, en partant sur la route que je préfère, il faisait très beau d'un côté de la route et très sombre de l'autre. J'ai ri toute seule de me dire que ça me ressemblait, ce temps d'Avril. En rentrant bien plus tard sur la place, le pare-brise était encore tout arrosé et les murs luisaient au soleil. 
Ce qu'il y a de bien avec les giboulées, c'est que la pluie ne dure jamais. 





lundi 9 avril 2012

Mue

Lors de cette mue qui fait de moi, à certains égards tout au moins, une adulte ou quelque chose d'approchant, j'ai l'impression de régresser, de  reprendre des attitudes de petite fille. En ce moment, un rien me fait monter la mer aux cils, et j'ai les pupilles toutes diluées de ce chagrin, de cette sorte de terreur sans nom comme en ont les enfants qui se sentent à découvert. 
Je n'oserai jamais l'avouer de vive voix, jamais en présence de ma chère fierté de femme seule et indépendante, mais que ne donnerais-je pas pour une paire de bras et une voix pour promettre, même si c'est pas vrai, même si c'est pas comme on voudrait, que d'une manière ou d'une autre, ça ira. 
Pour une autre force que la mienne dans le dos, à supporter cette année, à pouvoir en rire. 
"Ça ira, vas-y ça ira, ça ira..."
Il est épuisant, à la tombée de la nuit, de se rassurer soi-même, encore et encore. 

samedi 31 mars 2012

Des heures contre désert

Trois heures. Trois heures ce n'est rien, par rapport aux centaines d'heures. Aux centaines d'à moitié, de mal, de peu, de trop. Par rapport aux heures à chialer toute seule, dans la voiture, par rapports aux cauchemars qui ont envahis mes nuits la moitié de l'année, par rapport aux doutes, par rapport aux peurs, par rapports aux appréhensions dressées la nuit et le matin. 
Trois heures c'est tout petit, minuscule, mais c'est une victoire. Un éclat comme n'en connaissent que ceux qui ont essuyé des échecs cuisants et des douleurs assassines. Trois heures au bout de l'absurde, des questions, de la rage et de la colère, trois heures après toutes celles passer à éteindre certitudes et illusions. Trois heures après des centaines à "apprendre la vie" comme on dit. Trois heures après toutes celles à savoir ce que ça coûte, de "gagner sa vie". 
Oui, il y a eu d'autres moments de grâce, d'autres perles, mais elles se sont perdues dans le magma et la nuit, toutes seules. Là, elles sont trois, ces heures, elles font comme un collier à se mettre autour du cou, à toucher du doigt les jours où ça ne va pas. Elles s'encouragent les unes et les autres. Elles sont d'autant plus belles qu'elles attendaient dans des huitres à priori hermétiquement fermées.
Ces trois petites heures me soulagent, me permettent enfin une forme de repos. Une force pour affronter l'obscurité qui, je n'en doute pas, n'a pas complètement tourné les talons. Que peut bien valoir le reste à côté de cela : trois heures à ma juste place dans le monde.

samedi 24 mars 2012

Le Principe d'adhésion

Il est toujours étonnant de lire des critiques littéraires et cinématographiques qui soulignent 'l'invraisemblance" d'une œuvre. Je ne reviendrai pas sur toute cette question d'une construction vraisemblable de l'intrigue et des personnages, du réalisme social, psychologique, géographique, historique, de cette volonté de faire croire que tout ce qui est représenté pourrait exister. Que c'est logique, explicable, justement, semblable au vrai. 
Je n'y reviendrai pas parce que de toute façon, on peut essayer de coller au réel, c'est impossible. L'encre, la caméra nous séparent de la vie et ne restent jamais "que" représentation. Et nous, lecteur, spectateur, même plongés au plus palpitant de l'image, nous restons écartés de la vie à ce moment de contemplation. Nous vivons par medium interposé.Oui les émotions, l'attachement aux personnages est réel, parfois plus réel presque que nos liens avec des personnes qui ne sont pas des personnages. Mais il reste cet écart irréductible, une zone symbolique qui donne une direction, des sens à ce qui n'en a pas.
A partir de ce moment là, qu'importe que le tout soit invraisemblable. Rentrer dans une œuvre, c'est un peu comme pénétrer chez quelqu'un : il faut accepter quelques principes de base. Adhérer au moins un brin à ce qui nous est proposé, sans quoi il n'y a pas de contact possible. Les oiseaux parlent grec, très bien. Un petit geste de la main permet de lancer de la soie d'araignée, parfait. Une femme se réveille en ayant oublié quinze ans de sa vie, d'accord. On a le droit de refuser d'adhérer, mais il devient alors impossible de rencontrer l’œuvre, de parler avec elle si on en refuse les principes de base. Impossible d'admettre qu'un homme éteint des lampadaires avec un briquet ? Il faut s'arrêter là et ne pas se cogner les 7 tomes d'Harry Potter, cela ne pourra faire aucun sens, et demeurera stérile. Adhérer au postulat de départ ne garantit pas que le livre ou le film sera apprécié. Mais cela permet tout au moins de se confronter à ce qui constitue l’œuvre et qui n'est jamais simplement  un fait, un trait de caractère. 
On peut faire toutes les critiques possibles et imaginables à une œuvre. Mais dire qu'elle est invraisemblable, ce n'est pas critiquer, c'est oublier que les personnages ne sont pas des personnes et que l'intrigue, fut-elle tirée de faits réels, n'est pas un vécu. Pour des gens dont c'est le boulot, de travailler avec des media, ça me parait toujours assez grave. La représentation n'est possible que parce que nous l'admettons comme telle. Que parce que nous acceptons de faire comme si.