samedi 30 mars 2019

Encore une ville la nuit

Le pas souple des chaussures rose délavées sur le bitume, le grand pull marine, le casque sur les oreilles et la ville nocturne. Je n'avais pas oublié, mais ça faisait longtemps. Cette sensation, une des plus fortes, celle qui pousse à écrire, encore.

Marcher comme n'importe qui et pourtant comme personne.

Juste là, sur la brèche, la faille, le fil, équilibriste invisible entre l'envie de pleurer et celle de danser à l'infini. Tenue par cette tristesse presque chaleureuse, familière, et par un genre surprenant de confiance, parce que c'est la nuit, la ville. Nihil nove sub luna.  Ou peut-être bien que si. Une nuance de plus dans le canevas, dans le camaïeu des jours. Un ton plus haut, un ton plus bas dans la petite mélodie de l'obscurité. 

Lancer le site de musique en mode aléatoire et entendre le début de cette chanson qui résonnait dans la voiture de mon frère. La gorge obstruée d'un sourire et de sanglots inachevés. Envoyer quelques mots pour dire un millième de ce qu'on aurait à dire. Savoir que tout le reste sera entendu. 

Je marche dans le quartier un peu foutraque que j'habite et que je trouve beau quand même, souvent, d'y voir les étoiles et d'y entendre les oiseaux au milieu de la nuit, d'y marcher sous les lampadaires qui s'éteignent et s'allument, d'y observer le ciel et les guirlandes lumineuses que font les fenêtres éclairées à pas d'heure toute l'année. 

Je sais que ça me manquera un peu, ces promenades citadines nocturnes. J'en rêvais déjà ado, dans la voiture parentale, le front contre la vitre. Je savais qu'il y aurait là quelque chose de juste, où je serais entièrement, complètement moi. Seule et entourée. Avec mes contradictions, mes antithèses, mes oxymores. Quand j'ai pu marcher dans des villes la nuit, longtemps, la peur s'est mêlée de mes pas, s'en est prise à mon souffle. Dans cette ville, cette ville là, je ne tremble pas. Et c'est juste. Juste, là. Je sais que ça me manquera, mais sans regret, je quitterai la vie d'une ville la nuit. J'apprendrai à arpenter d'autres lieux, comme j'ai appris à aimer me coucher avant minuit souvent ces derniers mois. Et si d'aventure l'âme me vague, que le jour m'amer, je viendrai poser mes semelles sur les bords de la rivière. Je sais que tout sera intact sous la plante du pied. Et chaque miette du médianoche croustillera sous ma dent. 

Je marche au bord du trottoir. Juste là. sur la brèche, la faille, le fil. A pas de chat déguisé en humaine maladroite, avancer au dessus des gouffres qui me tendent leurs pièges dans certains silences, certaines paroles. Je danse au dessus du vide, tenue par un genre surprenant de confiance, parce que c'est la nuit, la ville. Nnihil nove etc..  ou peut-être bien que si. 

Un genre évident de confiance, "la famille, la famille". 

Retour au bercail.

... et un jour s'impose l'évidence. Il faut revenir écrire ici.

mardi 5 février 2019

Bientôt

Je viens si peu ici. Ou plutôt, je viens, je laisse des bribes de brouillons, j'efface, j'hésite, et je repars. La faute au carnet un-quart-née qui correspond mieux aux jours, sans doute. La faute au doute. Aux croûtes sous les yeux des nuits sans sommeil. La faute à la peur, celle de l'impudeur. La faute à pas de danse. La faute à la chance. Faute d’énergie et faute de temps. Faute d'or au gras des doigts. Faute à la peur de tourner en ronds de jambe, de cuir, faute me fondre en tourne-disque, usé. 

Mais. 

C'est pas faute de vouloir. Veni, vidi. Bientôt, j'écrirai aussi.