mardi 27 décembre 2011

Lunes







Lunatique pendule
Qui balance mon ventre
Qui déferle et retire

L'élan
Ses battements

Son poul qui tambourine
Contre la tempe aimée

Ce Nombril oublié
Pour un autre poignet

Lunatique pendule
Chavirée et ouverte

Lunatique pendule
Béante
Abandonnée

mardi 20 décembre 2011

Quelques notes de passage

(The tin can parade - Your hand in mine)
Ma semaine finit un mardi, avec ce retour à la solitude, après que tous soient progressivement arrivés puis progressivement repartis. Entre ces deux moments, il y a d’innombrables galets à prendre dans ses mains. Des trains, des voitures, des lumières qui s'éteignent à 11h, de la buée quand on parle, des paysages de nuits invisibles et pourtant superbes, des repas, des chants plus ou moins bien plaqués, des jeux (de mains, de mots, de regard, de notes), un marché, des échanges, des railleries, des expérimentations culinaires, de la nourriture indienne, des hospices, de la pluie, des pas, de la neige, un frigo, des matelas dégonflés, un plafond auquel s'accrocher, du franglais, de la poésie, du végétarisme, des embrassades. Dans le désordre, bien sur. Et c'était bien.

(Dark stuff - Yann Tiersen)
L'accordéon m'a rappelé à l'ordre, lors de cette belle journée avec L. et T.. Mais il fallait cette intimité des choses trop fragiles pour que je puisse déjà les partager. Alors à la solitude, je l'ai repris dans mes bras, serré un peu fort, et j'ai laissé mes doigts le ré-apprivoiser tout doucement. J'ai effleuré ses boutons, parfois les ai pressés. Mes mains ont couru pas toujours adroites, parfois un peu empressées ou gênées le long de ses vertèbres. Son poumon battait contre le mien, et son souffle cherchait un rythme entre mes bras. J'ai réappris à vouloir. 

(Le banquet - Camille)
Cette chanson me rappelle La Nuit de Valogne d'E.E. Schmitt. Et du coup, une discussion extraordinaire avec Lo. à Murcia alors qu'on allait chercher Celar au travail. Il ne parlait pas français, presque pas anglais, et moi pas un mot d'espagnol. Mais on s'est dit le théâtre, la ville et Dom Juan. Celar. Ce n'est pas son nom, mais les initiales ne suffisent pas toujours. Sa voix, ses sourires, son regard et ses bras. Celar est une autre raison d'aimer ces trêves hivernales. 

(Monochrome - Tiersen)
Je me glisse plus intimement dans la couleur. Maintenant que le regard sait s'étonner et voir, il faut travailler pour savoir créer ces longueurs d'onde sur la feuille. Cela viendra.

(Nobody's girl - Stéphane Lopez BO Poupoupidou)
Martine Langevin, Candice Lecoeur. Si loin. Mais n'est-ce qu'une illusion d'optique? Les histoires de silence, de neige, de complexes et de rêves un peu grands pour soi. Les histoires de solitude soutenues de rencontres, les histoires de désir. Ai-je dit "loin" ?

(Mon frère d'Angleterre - Bourvil)
Une des chansons les plus douloureuses que je connaisse, à cause justement de cette apparente simplicité, de cette grande pudeur. De cette humilité émue dont Bourvil a parfois le secret. Cette espèce de grace. Je revois le concert de Gérard Poinsard près de Lyon, l'accordéon encore, la famille, encore. Mon frère, et la douce Am. justement, ont eu avant de partir des mots si forts. Et la confiance grandit. 

 (Tout dit - Camille)
Ce n'est pas tout à fait vrai, j'ai encore dans ma besace quelques projets secrets, à terminer. 


(Les mots - B. Joyet)
"Gravés les bijoux les émaux et claqués les dernières thunes je sourirai à la fortune tant qu'il me restera les mots"
C'est lui qui a tout dit, le bougre.

lundi 19 décembre 2011

Tiempo y silencio

Une femme. Une femme aux pieds nus et au corps opulent. Une femme à la voix enveloppante, franche, douce et rugueuse à la fois. 
C'était au lycée. Je cherchais à comprendre toutes ces histoires d'être une femme, de le devenir. Par la négative souvent. Cesaria, ce fut une figure d'un féminin que je voulais bien devenir, pour une fois. Une indépendance, une forme de lourdeur empreinte de légèreté. Elle m'émeut si fort. Mais il faut bien mourir un jour. Reste la voix. La voie ?


vendredi 16 décembre 2011

Vacance(s)

Avant les vacances on a :
- bouclé des séquences, donné des devoirs, tenté des loup garou en 4e avec plus ou moins de succès, un jeu du dictionnaire avec les 5e, et un bout d' Alice au pays des merveilles avec les 6e.
- appris qu'un nouvel élève arrivera dans la classe de 5e, oui oui, la seule classe qui n'avais QUE 27 élèves et, resultat en janvier, deux classes à 28 et deux classes à 29. Chouette. (Méthode Coué activated)
- eu deux papillotes de la part de filles de sixième
- eu une lettre de la part de quelques 4e, les un-peu-relous-mais-en-fait-attendrissants, accompagnée d'un devoir de vacances sur le langage des jeunes où il faut décrypter un sms et écrire une suite : ils iront loin.
- admiré les cieux inimaginables et les verts trempés depuis la voiture en chantant du Bashung, car "aucun express nem'emmènera vers la félicité"...
- avancé dans ce projet ultime de cadeau.
- attendu ce soir avec la même impatience que les élèves, ^pas tout à fait pour les mêmes raisons.




Et maintenant, on respire, et on sourit.


"Quand vous me rendrez visite, n'arrivez pas trop vite de votre pays si loin...." chante Michèle Bernard. Je le sais, ils arrivent ce soir.

lundi 12 décembre 2011

Raide-action #1 - Fanta du roi

Les copies d'élèves c'est très TRES long à corriger en français. Mais c'est parfois très drôle. Les fautes sont d'origine, AOC garanti.


6ème, rédaction d'un conte merveilleux
"Ils furent heureux et buvent beaucoup de bières"

4e, écrire une suite à la première soirée mondaine et parisienne de Georges Duroy (Maupassant, XIXè siècle)
"Georges Duroy rentra chez lui en buvant du Fanta Orange qu'il trouva très bon. [...] Il se disa qu'il faudrai endurai sa tout les jours, avec toute ces persones très bien habillé. Il redescendit pour chercher fanta tropical".

"Le sergent accepta  cette offre car il avait beaucoup d'ambition il voulait devenir Roi de France et le sergent lui laissa la vie sauve. Une semaine après son arrestation, les éléctions aller bientôt commencer donc il alla s'inscrire et deux moi après il devena Roi de France. Le peuple était heureux d'avoir un roi avec autant d'ambition. Il était heureux d'être un Roi pour se faire d'orloter et manger à sa faim jusqu'à sa mort."

dimanche 11 décembre 2011

La Rapporteuse #9

"Je décolle souvent et voyage toujours pour voir si le lieu du leurre ne se confond pas avec celui de ma main.
Il faut pourtant y arriver, que ce soit sans hésitation là et pas ailleurs que cela se passe.
C'est si dur d'accepter l'abruti qui se trouve en soi, et comment faire sans lui ?"

Nicolas De Staël, lettre à René Char, Lagnes, 12 novembre 1953


samedi 10 décembre 2011

Tessons et cailloux #7

Une belle moisson de pierres pour cette nouvelle saison, et quelques tessons, aussi.
Les tessons ce sont les mots comme des lames qui déchiquètent le travail, cisèlent l'incompétence, écorchent les doutes, et plantent les envies, au pied du lit. Ce sont ces attitudes qui vous disent "on s'en fout", qui vous disent, "on ne veut pas". C'est la rage que je sens monter dans cet élève sans plus de mots, qui me fait face, tête baissée, alors que je sais tout ce qu'il pourrait être, et vivre. La crainte peut-être de sentir qu’il a sans le savoir le même secret que moi à son âge. C'est la fatigue qui me m'arrache à moi-même, à l'écriture. C'est ce bruit permanent du collège dans ma tête, cette dépossession.
Mais
Il y a ces miracles petits du quotidien, quand les cinquièmes s'y mettent, quand les 4e plongent avec Jean Valjean.  Les collègues bienveillants, et les fin de semaines me sauvent d'un exil social forcé.
Il suffit de : Courir, entre les parois du laser game, se faire avoir souvent, viser juste parfois.
Se dire que c'est chouette d'être dans une famille où soudain, on se met à chanter "Les gens" de Brel à table, ou bien du Dimey. D'être née dans une famille où on chante tout simplement. Parce que dans le chant, il y a un "ensemble" à nul autre pareil, une force commune qui répare et apaise. Dans les verres, un Montbazillac, et de la magie dans les assiettes.
Le collège bruisse d'un silence, le vendredi soir, et baigne dans un calme miraculeux qui n'existe à aucun autre moment. Les voix soudain résonnent, et c'est si rare.
En rentrant tard dans la nuit, je repasse par cet endroit qui de jour m'illumine. Cet espèce de plateau qui offre ses verts tendres, ses flots de ciels. Et c'est fou qu'à minuit, le ciel continue d'offrir une certaine lueur, comme une pointe de bleu au milieu du noir. Penser au Petit livre des couleurs, de Pastoureau. Il fait bon dans le village aux lumières éteintes, juste un gilet sur les épaules. Si les jambes ne cognaient pas si fort, j'irais me promener ! Il fait clair, pour décembre.

vendredi 22 avril 2011

An early end...

... for now anyway !

I may write to you someday, maybe, if...

Take care and thanks for coming ;)


(cet espace s'autodétruira d'ici quelques jours)

jeudi 21 avril 2011

Désert

Vous aussi vous entendez souffler le vent ?
  Is there anybody out there ?

mercredi 13 avril 2011

La Rapporteuse #8 La marelle

"La marelle sur le trottoir pousse pousse mon caillou noir 
La marelle s'ennuie le soir quand les enfants sages font leurs devoirs
La marelle sur le trottoir à la craie rose sur goudron noir
La marelle sur le trottoir qui raconte sa petite histoire 
La marelle nous donne l'espoir d'aller jusqu'au ciel sans jamais s'assoir 
Ppousse pousse mon caillou noir depuis la terre il faut bien y croire 
La marelle sur le trottoir les gens marchent dessus sans la voir
A la craie rose sur goudron noir elle s'effacera comme les histoires 
Quand la télé brille le soir pour la marelle il n y a plus d'espoir"
 Anne Sylvestre
D'abord, parce qu'il va y avoir la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne ce week-end et que j'ai hâte. 


Ensuite, j'avoue, je connais presque par cœur Les Fabulettes en couleur d'Anne Sylvestre. 

Outre que j'y ai passé des heures, de la joie, de l'émotion, parfois des larmes
Outre que chaque chanson me rappelle confusément qui j'étais il y a des années
Outre que le corps est parfois tout ce qui me raccorde
Outre que j'aimerais ne pas penser à Proust en disant cela
Outre que la plume d'Anne est fabuleuse
Outre que les enfants n'y sont pas pris pour des demi-êtres, incapables de profondeur et de mélancolie...

Je viens de réaliser combien il y a dans cet album des traces de ce que je suis. De ce que j'étais. De ce que je ne savais pas que j'allais être. Et la marelle. J'ai écrit sur la craie ces derniers mois. Je n'avais pas fait le lien, pourtant tout était là, déjà plein, et il a fallut tout réinventer, se faire ré-éclore, se réapproprier sans cesse. Je pourrais dire pareil pour la danse, la sororité. je comprends mieux pourquoi cette photo sur le mur jaune, face à mon bureau. Tout était écrit, pas pareil. Les intempéries, le temps effacent et puis, cela revient, autrement, quand même. Comme si c'était nouveau. Et ça l'est. Cela revient, chaque fois. Différent. Pareil.
A la craie.

vendredi 8 avril 2011

La Rapporteuse #7

"Tanzt, tanzt sonst sind wir verloren"

(©NFP (Warner))
Cinémazée vie

Et, comme de par hasard, c'est de danse, de Pina Bausch qu'il s'agit. Bah tient ! 
Pina de Wim Wenders est sorti mercredi, j'y ai marché, vite, hier en fin d'après midi... Bah tient. 

Le documentaire, en 3D, était prévu depuis longtemps, Pina avait choisi quatre pièces et puis la mort s'en est mélé, juste avant les premiers essais. Wim Wenders a finalement de décidé avec la compagnie du Tanztheater Wuppertal que si ce film ne se faisait pas avec Pina, ils le feraient tous ensemble pour Pina. Entre images d'archives et reprises de chorégraphies dans des lieux insolites, que la danse vive, encore, quand même. 

Sans doute l'hommage donne à l'ensemble  une émotion particulière. Mais ce n'est pas ce qui m'a le plus frappé. C'est cette manière de filmer, au niveau des corps, leurs tensions, déchirure, leurs os, leur grâce. Là où être animé semble prendre sens. Filmer la danse pas seulement pour en rendre compte. Pour nous emmener, aussi, assis, à danser. La 3d donne à l'écran la profondeur de la scène, sans qu'on oublie qu'il y a l'écran, les changements de plans, de niveau, de regards. Sans que rien ne soit figé. Ce film était une sensation si intense... Le rappel profond du corps, de l'instant. 

J'ai eu la sensation en sortant que je n'avais pas tout à fait le même corps, et que je ne regardais pas celui des autres exactement pareil. C'est déjà beaucoup, non ?



"Dansez, dansez sinon nous sommes perdus" Pina Bausch

mardi 5 avril 2011

Spring breaking heart-beats !

Femi Kuti - Day by Day (probablement mon morceau préféré de Femi)
A noter : le remix de Chinese Man, pas mal du tout
 

A propos de Chinese Man, un joli remix du pudding à l'arsenic (culte et over culte - abite omnes in malum cruciatum)

Wax Tailor - Que sera

Et enfin, puisque tout ça était très "Chinese Man" : I've got that tune

Le Tourni

C'est un peu épuisant cette année.
l'emploi du temps change tous les deux mois, je dois concilier concours et enseignement, et lucky me, contrairement à d'autres je n'ai pas de mémoire à gérer par dessus.
Alors voilà, j'ai dit bonne route à mes élèves, parce que oui, quelque part ce sont quand même un peu mes élèves, alors qu'eux m'ont tendu un rasta fish signé de leurs petites (mais ô soulagement, ils l'ont fait dans le cours d'un autre prof). Oui parce que je suis partie un premier avril....
J'ai retrouvé avec ennui, avec colère, avec lassitude les bancs de l'université pour une pseudo formation et les attaques des moustiques dans l'appartement de nuit.

Mais heureusement au milieu de tout ça, pour la joie, il y a eu l'amour dans une usine à poisson, beaucoup de vélo sous le ciel en citronnade, des agneaux au milieu des montagnes, une dizaine de parties de Piou Piou, La petite sorcière du tonnerre et des 7 familles avec L. Une grande partie de balle aux prisonniers juniors et seniors mélangés. Des petits bouquets de fleurs dans la main de R., des aubépines, et des petites grenouilles qui me ramènent autant vers l'Irlande que vers la Slovénie.
Des toiles d'araignées, disais-je.
Pour la joie, disais-je.

Alors, ça va, je veux bien du tourni, tounicoti, tournicotons, encore même sous la pluie.

vendredi 1 avril 2011

Ils sont fous...

Alors que je me prépare à un match tendu avec certains élèves n'ayant pas digéré leur note, je corrige un paquet de copies d'interros sur la poésie...

Et là, stupeur...
Tremblements...

Fou rire...

Un élève ayant fini en avance m'a fait un "où est Charlie ? " sur sa copie et ce n'est pas tout  car ce Charlie "c'est un vicieux" (sic) je dois aussi retrouver son bonnet sa canne, ses lunettes, son oeuf de Pâques et sa bouteille d'eau !

Ils sont fous !

samedi 26 mars 2011

Les journées à plusieurs journées

Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ? Ces journées à plusieurs journées ? Ces journées un peu invraisemblables parce que vous avez l'impression d'avoir vecu tellement de choses différentes voire contradictoire que tout ça n'a pas pu se passer en quelques heures, mais en fait si ?
C'est un truc qui m'arrive régulièrement. J'ai pas l'impression d'avoir une triple vie et pourtant y'a des jours où le patchwork me guète. Où on ne sait plus trop où sont les coutures qui relient tout ça. Où est le lien. Où pas grand chose à part le corps, sa continuité rattache ce qu'on est une heure et ce qu'on est l'instant d'après. Parfois j'ai l'impression que seule cette fatigue du corps, de la chair et des muscles qui ont enregistré tout ce que j'ai vécu, me rattache à moi-même.
Jeudi, je donnais des cours, c'est le jour un peu maudit pour les premières. Sans entrer dans les détails, c'est une après-midi longue et difficile pour eux comme pour moi. La différence, c'est que j'ai appris à être tenace, a trouver des ressources et de l'énergie, à ne pas abandonner. Pas eux. La différence, peut-être, c'est que j'ai conquis petit à petit des facultés de travail et de concentration et qu'eux ne voient pas tellement l'intérêt de l'effort. Je ne dis pas ça par passéisme ou par mépris, je me rappelle trop bien de la personne que j'étais à 17 ans. Je trouve juste que leur manque de tenacité est un peu triste. Qu'ils ne se rendent pas compte que c'est eux-même qu'ils pénalisent en ne considérant le français que comme une matière mineure au bac. En n'essayant même pas de maîtriser ce code commun indispensable. J'ai laissé passereaucoup de choses. Trop peut-être. Un partie de petit bac (ils en sont trop fiers), des retournement intempestifs, un vocabulaire inapproprié (mais genre vraiment inapproprié). Mais leur grossierté, ce jour là, était de trop. Je les ai vu hier, dans la joie et dans la bonne humeur. Leur émotivité m'épuise. Leur over-débordement aussi.
Et puis j'ai fait de la route, avec des muscles tendus et douloureux. J'ai profité des paysages incomparables (si si) du Bugey seule, dans la voiture, longtemps. Belley m'attendais, j'allais être en retard mais j'allais y être quand même. Je me demandais comment ressurgiraient ces sortes de fantômes d'un moment hors du temps. Quelles formes auraient ces silhouettes si bien dessinées dans le décor normand. (pour la peine, je réouvre temporairement le mini blog "Irons nous plus loin ?") Au bout de la route, dans "l'or du soir qui tombe" (désolée, j'ai relu plusieurs fois "Demain, dès l'aube..." pour les cours), il y a les arcades et la pierre, et la salle. J'entre avec le moins de bruit, d'éclat possible. J'ai manqué la moitié de la conférence. Elle est là, et ses yeux se ferment parfois, le front contre les mains. La fatigue, la concentration. Elle est requise par ces rencontres, par ces réunions. Elle se rend disponible, au service de l'oeuvre. Il y a une autre elle, avec qui nous avions longuement discuté. Et puis quelques lui aussi, moins proches. Des profs, tiens donc. Nous sommes peu nombreux dans le public, je crois être la seule de ma génération. Cela m'attriste. A la fin, il y aura des poèmes sortis des livres. Et puis des discussions plus "confidentielles", dans la douceur de l'entre-deux. Elle glissera quelques mots à mon sujet, à une connaissance, quelques mots qui me font dire que j'ai réussi à communiqué mon travail, ma passion, ma douleur aussi peut-être. Que ces pages blanches un peu rigides ont été reçue avec amour et bienveillance. Il y aura les bras, la fatigue avant de se reprendre, de continuer. Il y aura la correspondance.
Tout ça a duré bien longtemps, bien trop pour que je sois à l'heure au rendez-vous. Plus de forfait, pas d'appel. elle va attendre devant l'ordi. J'essaye de me dépêcher.
La route est revenue, avec une halte-hamburger (c'est tout ce qui était ouvert), puisque le creux qui n'avais jusque là pas eu la place de s'exprimer se faisait béant. Et la nuit, les pierres, les routes sans éclairages, la solitude presque bienheureuse malgré la fatigue découpe mes jambes. Une pause-pipi dans le nulle-part, dans une certaine peur enfantine. La radio tourne, puis plus, puis encore. Le choix de la route. J'hésite. Je prends la minuscule route qui gravit la petite montagne, qui se perd dans les bois, qui tombe dans des précipices. Je me plante, je fais quelques allers-retours pour rien. Je vais arriver tellement tard. I'm so mad.
Et puis, si près de l'arrivée, je m'apprête à croiser une autre voiture. Qui s'arrête. Je m'arrête un peu avant, j'ouvre la fenêtre. Une biche convulse sur le sol. Je ne sais pas quoi faire. Elle n'arrive pas à se relever, je ne sais pas comment l'aider. Je panique devant ses grands yeux. Devant sa peur, son angoisse, sa détrsse. Un homme descend, il l'a heurtée il ne roulait pas vite mais n'a pas pu l'éviter parce que j'étais en face. Un grand silence s'installe entre nous trois. Prise à la gorge. La blessure est trop grave. Il me dit, avancez, je vais abréger ses souffrances. Je suis rentrée, un peu paralysée, choquée. La peur dans ses yeux, et ses mouvements désespérés pour y arriver.
Parler, écrire, expliquer le coup de fil raté. Dormir. Demain, il y a des copies à corriger.

jeudi 24 mars 2011

Trust me

Si je vous raconte ma soirée en vous disant qu'il y a eu un gros coup de gueule dans une classe de première, une question sur le lien entre poésie et lobe pré-frontal, un mot qui me ferait presque dire "bon ça va, je peux mourir maintenant", une biche agonisante, des routes improbables, et quelques retrouvailles cerisiennes, je crois qu' "y dit qu'il voit pas le rapport".
J'essaierai de vous raconter demain, là je suis trop fatiguée et trop en colère d'avoir manqué un coup de Skype qui me tenait vraiment vraiment à cœur !

mercredi 23 mars 2011

O yeah !

J'aime bien l'idée que quelqu'un soit arrivé ici en cherchant "où boire une Smithwicks à St Etienne".
Cher amateur de smithwicks anonyme, si tu repasses par là, sache que la Smithwicks n'est pas exportée en France. Le producteur exporte une bière relativement proche, la Kilkenny.
Désolé de décevoir cet espoir fou. Point de Smithwicks à St Etienne malgré les pubs très chouettes qui s'y trouvent (mon bon souvenir au Smoking Dog - je leur en veux pas d'être un pub anglais). La bonne nouvelle : reste plus qu'à partir pour prendre l'Eire !  



(sorry pas de vrai note de blog en ce moment. ça reviendra peut-être... ^^)

mardi 22 mars 2011

Journalisme

Vu dans une grille de mots croisés du journal
Le mot : épouse
La définition : femme de ménage

Le jeu de mots peine à me faire sourire

lundi 21 mars 2011

C'est pas de la mauvaise volonté mais...

Je vous parlerais bien de mes élèves. Un jour. quand je ne serai pas épuisée et que je ne subirai pas l'influence cette infime et infâme tentation : les scalper.

Il répétait parfois : "On me disait d'enseigner, j'en saignais un tous les jours"

Mieux vaut en rire. En attendant, je me laisse gagner par la flemme et par cette séduisante idée "c'est le printemps du ciné"

samedi 19 mars 2011

Si tu tombes...

(Luna Park - Arthur H)
Aujourd'hui était une belle journée. Il y avait la délivrance progressive de mes réflexes de petit fille. La capacité à dire "ça ne sert à rien, je n'y vais pas". Et à la place, lire, bosser, cuisiner. Faire ma vie. Seule. L'adjectif résonne différemment ces derniers temps. Je suis seule, comme je suis solide, silencieuse, comme je suis heureuse. 

(River of sorrow - Antony and the Johnsons)
C'est face aux chansons que je perçois le plus clairement combien je suis calme, sereine. Combien j'ai trouvé, derrière ma tristesses une identité plus profonde, plus durable, plus vivable. Moins d'éclat, et alors ? Je ne répondrais pas la même chose aujourd'hui si on me reposait la question "Si comme Baudelaire...?" J'apprends la douceur de chanter "Oooooh, river of sorrow..", d'être profondément touchée sans être constamment ébranlée. Am I a bird now ?

(Y'en a-t-il - Bertrand Belin)
L'après-midi a été tellement douce et claire, dans la découverte, dans l'échange. le thé. Et puis derrière la fenêtre, tout Lyon qui attendait dans les pâleurs de l'après-midi. C. a une voix qui s'accorde bien avec ses mots. "Et le soleil..."

(Pipedown - Babyshambles)
C'est en entendant "Paddy put the pipedown" que je me dis que c'est nul de n'avoir même pas bu une Smithwicks pour la St. Patrick. M'enfin il n'y a pas de date pour boire à la santé de ma belle Dublin. Il y a deux ans, j'avais un trèfle vert clignotant offert par Kate épinglé à la poitrine. On s'était peinturluré le visage, on avait perdu notre place pour des retrouvailles, on avait regardé My blueberry night et une femme déjà bien alcoolisé nous avait prédit notre avenir. Au Turk's head, j'avais fini par ressentir le syndrome dit du "mal mise en boite". Ce syndrome qui fait que tout ce qui ressemble de près ou de loin à un club, avec des jeunes gens bien habillés en train de danser sur une musique trop forte finit presque indubitablement (pas toujours mais souvent, quand même)  par provoquer mon ennui, mon angoisse, ma détresse. Mon corps n'est pas fait pour cet exercice. Rendez-moi les festivals sur les terrains de motocross et les concerts dans les bois. Bref. On avait fini la soirée, sur un trottoir avec une glace aux amandes, dans un paysage à la désolation post-apocalyptique. Happy Paddy's day. Rendez-moi Dublin, son Luas, et même son cheddar tesco. Je rigole.

((No No) Kids - Lilly Wood And The Prick)
"I don't want no..." est devenu I don't know ou I don't mind. On dirait pas mais c'est E-NORME !

(Teardrop - Massive Attack)
Bon celle là elle est facile mais ce morceau me fera toujours défaillir. C'est la faute à Gregory. House. Non mais sérieusement, il est pas magique, ce générique ? Et puis, hop, comme ça juste parce que ça me fait plaisir je vous mets le générique français de la première saison parce que c'est comme ça que j'ai découvert. Pourquoi je pense à House ? Parce que, peu avant qu'elle parte, on en a parlé avec la Co. et c'était woohoo, suspens. La ville est un peu moins belle en sachant qu'elle n'est pas là. Même deux mois, elle va me manquer. 

(Rodéo - Mickey 3D)
C'est fou. A tous les coups. Cette chanson me transporte illico dans mon appart' de Saint Etienne. Mon premier appart. Le premier disque acheté à la Fnac pas loin. La première solitude justement. La lumière de la pièce aux prémices de septembre. Les murs encore blanc. L'excitation, la peur. Un certain gout de gaufre liégeoise. Les bruits de la ville. La fille que j'étais quand j'avais dix sept ans. "Je n'suis plus un enfant, je la connais la vie.." Les joies, les silences, les expériences, les livres. "Cracher dans l'étang...". J'avais une mini-chaine à l'époque. Tout l'album me discute, me parlotte, me prends par le nombril et en avant ma fille. J'avais dix sept ans j'avais peur j'avais envie j'avais faim j'avais la flemme. J'étais là bas.

(Baba - Salif Keita)
Et vous, ça va ?

jeudi 10 mars 2011

La Rapporteuse #6

"[... ] j'avais beau n'être qu'un cordonnier, je portais monocle et j'avais une canne à pommeau d'argent, c'est qu'en ce temps là tout le monde voulait ressembler à un compositeur de musique ou à un poète, tandis qu'aujourd'hui c'est le contraire, à présent tous les écrivains se font photographier habillés en voyous, un jour mademoiselle, j'ai vu un écrivain américain, quelque chose d'épouvantable un phénomène comme le comte Zelikowski qui était célèbre pour sa brutalité, ou bien tenez [...]"
Cours de danse pour adultes et élèves avancés, Bohumil Hrabal.

Un souffle maintenu, soutenu, encore par la virgule, un humour tout en clous, sans silence, sans limites au regard.
Et pourtant.

jeudi 3 mars 2011

Once upon a time

It's been a while. A wee while but still. 

Je pourrais vous parler de mes élèves, du carnaval, de ce début de vacances. Je pourrais vous parler de coïncidences. De retrouvailles diverses. Des cauchemars. Mais non. Na. 

J'ai envie de partager des bribes de souvenirs qui me reviennent et me donnent à écrire. A lire et à relire le présent un peu différemment. 
Je ne sais plus exactement quand j'ai eu l'idée de ce post, je ne sais plus exactement où non plus.  Et je ne sais plus ce que je voulais y mettre à l'origine. C'est venu comme des bouts de super8 dans le quotidien. Même si à la maison y'a jamais eu de Super8. 


Dans la cabane de Sch. s'est établie la Loi du Sirop : un sirop, ça va, mais c'est un peu banal. Deux sirops, ça peut devenir tellement plus intéressant (si on se plante pas dans les dosages). Trois, c'est à bannir, quels qu'ils soient. Finalement, même deux sirops, j'ai jamais réessayé depuis la mini table en plastique.

Au lycée j'écrivais aux amies des mini-scenarii où elles finissaient enfin par "sortir" avec le Tik- (je peux pas vous donner le nom de code en entier, ce serait une grave trahison même six ou sept ans après) de leurs rêves.  Les Tik-. Le mot me donne l'impression de revenir aux gloussements du C.D.I, aux Darks Pa, à Bandeau. Dans ces scenarii, il y avait autant de fantasme réalisé que de private joke, d'amitié, de "hé, désespère pas, je suis là". Il y a le jour où K. m'en a fait un aussi. Elle lui avait attribué un costume d'aviateur. Sacré Lui. Ça m'a autant touchée que le jour où elle m'a dit que j'avais la beauté décoiffée, emmêlée des héroïnes du XIXè. Elle fait partie de celles qui avaient vue en moi la femme quand je faisais tout pour ne pas l'être, qui avaient compris bien avant moi qu'être féminine ça n'avait rien à voir avec des histoires de jupe, de cheveux coiffés, de maquillage - rien à voir avec les magasines "féminins", en fait. Je ne sais pas encore comment mais je suis sûre que ces deux souvenirs résonnent bien ensemble.


J'étais étendue sur l'herbe entre les deux chapiteaux du festival. Je hurlais de rire, me tordais sous les chatouilles (gros talon d'Achille). Je sentais tout ce qu'il y avait de vivant en moi. La même semaine, ma tête sur son ventre me paraissait si lourde. La même semaine, on revendiquait un statut de déchet de la société, on en riait pour pas en chialer. La même semaine, tôt le matin, dans la lumière, sur le plancher du préfabriqué, j'ai eu la trouille, j'ai fais le choix de dévier le slow, de faire la con. Apprivoisement du corps. Douceur et tristesse des préfabriqués.


Ma première amie s'appelait Alice. Et puis il y a eu des copines. Un jour Sch. est arrivée. Elle était nouvelle. on est repartie avec elle et Di. main dans la main vers le portail de la cour des grands. C'était il y a environ 18 ans. J'y ai pensé en arrivant devant son portail.


Je passais dans le couloir du bâtiment A avec K. et les autres. Lui, vous savez, "l'aviateur", était là entouré de quelques gars. Pas n'importe lesquels, de gars. De ceux avec qui nous partagions une réciproque hostilité. Passée devant lui comme si mon regard ne s'était pas attardé une seconde de plus, que j'avais pas zoomé un instant de trop. K. avait remarqué que quand je le croisais, je commençais à baisser la tête puis, vexée de me laisser abattre aussi facilement, je la remontais fièrement pour décocher, à qui croisait ma route, un regard de pierre. Bref. Nous passions. Descendions l'escalier. Et puis arrivée en bas, j'entends résonner dans la cage un "Geai" interrogateur. Du genre qui veut dire "Geai, attends 5 min, tu veux bien, je peux éventuellement peut-être t'adresser la parole ?".

Je vous la fait à l'américaine -même si vous avez déjà un peu compris ce qui va se passer.

L'aviateur était en haut des marches. Moi en bas. Les amies avaient respectueusement avancé de quelques pas pour ne pas s'imposer façon "troupeau" (mais pour pas louper une miette de l'histoire non plus).  Un ange passe (ce qui a un certain piquant quand on sait que pour des raisons de connerie collégienne l'aviateur avait un temps été surnommé "angel" par la Pix...). L'impression d'être dans un mauvais film cucul me submerge un instant avec, je dois bien le dire, une certaine joie. 
"Tu vas au bal du lycée ?" (Oui, j'étais dans un lycée où il y avait un bal. Non, rien à voir avec les séries américaines. Non, ce n'est pas le propos). 
- Heuuuu... ouai, m'entendis-je répondre, hébétée sous ces connards de feux d'artifices qui éclataient partout en même temps dans mon corps et dans ma tête. (ndlr : ahahahahahaha sacré adolescence)
Bon la suite est tellement plus originale. Sa question n'avait rien à voir avec une quelconque invitation puisque la notion de cavalier/cavalière était absente de notre bal à nous. Il s'agissait de questions logistiques, de voitures des parents et de villages à la con. D'aller, de revenir du bal ensembles. Pratiquement. Mais quand même il m'avait demandé si j'allais au bal. Et ça compte moins de dire "ça, c'est fait", que de me rappeler un instant d'espoir, d'hallucination complète. Et ce sourire, tout juste avant de me tourner. Le regard qui s'agrandit, la surprise. Je n'ai pas été déçue, au contraire. Il y eut l'intuition que je n'étais pas la seule à avoir zoomé un instant de trop. J'étais un peu comme Knox Overstreet ("The point, Charlie, is... that she was thinking about me"). Moins seule dans mon radar à aviateur. On partageait peut-être tout ce qui se cachait derrière notre air détaché.
The point, Charlie... the point...
- Note pour la suite: certes, je ne m'appelais pas Geai à l'époque, mais je tiens à l'idée de pseudonyme. 

Un des exercices d'expression écrite du CM2 consistait à inclure une phrase tirée au sort dans un texte en faisant en sorte qu'on ne puisse pas deviner laquelle. La mienne c'était "Il demanda le catalogue de l'outillage sur un ton aimable". Enfin je crois. J'avais écrit une petite nouvelle qui s'appelait "Abri à bois". Je me rappelle des rires enthousiastes et de ceux qui se sont arrêtés, en sortant en récré, pour me dire que c'était super ce que j'écrivais. Rayonnement.

Il y a eu une nuit, dans une ville que j'aime, où je suis rentrée seule, à pieds, sous la pluie, pendant une heure. Où j'ai hésité à rentrer chez moi, à tomber sur la route, à me laisser glisser contre un buisson.  J'étais si proche d'abandonner. Il y avait une chanson, répétée à l'infini, jusqu'au bout de la douleur. Pendant une journée entière. Le presque Rien. Un lit et une berceuse. Je la chante parfois. Personne n'a su. Personne ne sait.


On a passé du temps à discuter sur la fenêtre de la cuisine. A devenir proches. Petit à petit, loin des rires. A parler. Jusqu'à ce qu'un deux ou trois autres viennent se joindre à nous, à notre calme. A la cuisine. A nos ombres sur la fenêtre. 




Un jour, j'ai glissé un coeur en pâte à sel dans son cahier de brouillon. Signé. Il ne m'en a jamais parlé. 
Un jour où il était à côté de moi en classe il s'est retourné et m'a dit "I love you". J'ai dit "quoi ?" comme si je n'avais pas entendu. Et il s'est rattrapé "rien, je rigole". Vlan, dans ton ventre gamine.
Récemment, je me suis rendue compte que c'est à l'époque que j'ai commencé à écrire. Dans ma tête et puis sur de vieux agendas donnés "pour jouer". Outre le tube méconnu qu'est "Tip Top les vacances" je crois que c'est à cause de lui que j'ai commencé à écrire. Que j'ai continué. Il a progressivement disparu, l'écriture est restée. 
Thiéfaine vient de sortir un nouvel album. Ça me rappelle quand j'écoutais Tout corps  vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir sur une vieille cassette. Petit à petit le reste. Et puis. Il m'arrive de fredonner "Exercice de simple provocation" ou "113è cigarette sans dormir". Parmi les choses qui me restent à faire : prendre l'ascenseur de 22h43.
 Au ski avec les garçons, on avait entendu un jour sur le télésiège un gars qui chantait "Crème Nivea, si tu étais là". C'est tout ce qu'on avait capté. On en avait réécrit toute une chanson. J'ai appris plus tard qu'elle existait déjà et qu'il s'agissait d'une paillarde. Avec les garçons on avait aussi fait une pièce de théâtre, quelques Jacadi et on hurlait "C'est le lion de Cléôôôôpââââtreuuuh c'est le roi des animaux" en glissant.
Asterix et Cléopatre que je regarderai longtemps plus tard avec une certaine citrouille dans notre appart' commun  où les moments de cuisine à quatre mains étaient souvent accompagnés par "le pudding à l'arsenic". "Et un peu de sucre en poudre ? Nooooooon !" 
Un jour lors de mon premier séjour en Irlande, j'ai pris une photo. Plutôt chouette. Plutôt simple. Six ans  dont un à Dublin plus tard, je m'aperçois qu'il y avait dans cette photo ce qui allait devenir un projet de vie à part entière. C'est fou, non ?



vendredi 18 février 2011

La Rapporteuse #5

"Soldat sans joie va, déguerpis // L'amour t'a faussé compagnie"

Bashung, "Fantaisie militaire" sur l'album du même nom.
Voilà, c'est un des albums de Bashung que je préfère, mais je n'avais jamais vraiment remarqué cette chanson. Et puis je l'ai réécoutée dans le train. Réécoutée encore.
Et la manière dont tout part après cette phrase est... pfffff mais pffff. Comment vous dire ?
Combien d'histoires d'amour ont commencé dans le train ?

samedi 12 février 2011

"L'enfance est un couteau planté dans la gorge"

"[...] On ne le retire pas facilement". Wajdi Mouawad

Je parle beaucoup de films et c'était pas prévu mais que voulez-vous, ils viennent me tirer par le cou, par la gorge, par la manche et le ventre.

Cet après-midi avec C. nous sommes allées voir Incendies, film de Denis Villeneuve, tiré de la pièce de Wajdi Mouawad. Je ne connaissais pas du tout. Du tout.

De la stupeur. Tout se ferme, le souffle est brisé. Les yeux, écarquillés, n'ont pas le temps de refuser les images.
Tout mon corps était tendu.
Lapiazée. 

Il est étrange, en vous écrivant, de constater que la chanson que j'écoute a pour refrain "What would your legacy be ?" Et que ça colle. Bref.

Au silence de la fin, j'ai l'impression de m'écrouler, de réaliser que mes muscles ont subi les 2h sans que j'en sois consciente. Alors les membres tremblent.
Tout se met à résonner. L'horreur. L'amour. Les cicatrices.
Sortir de l'étonnement profond est douloureux. Heureusement qu'elle est là et qu'on marche et qu'on parle. Il faut que le souffle revienne.

La fin de l'après-midi fut douce. 

C'est une de ces journées à plusieurs journées. Ce matin, je suis allée écouter JP Siméon et Yves Bonnefoy discuter à la fête du livre de Bron. Des voix. Une fugace rencontre. En attendant je lisais une interview miraculeuse, hystérisante de Jeanne Benameur. Vous ai-je déjà parlé des livres de Jeanne Benameur ?

En une journée j'ai l'impression d'avoir trouvé des clés, des ouvertures à des questions qui me squattent depuis un bail. Sur lesquelles j'avais tâtonné, préparé le terrain, huilé les serrures, mais qui s'ouvrent enfin clairement, entre Benameur, Bonnefoy et Incendies.

Incendies, avec la déchirante Lubna Azabal, l'héroïne d'Exils de... Gatlif.

Vous aussi vous avez l'impression qu'il y a des choses qui se bouclent et se croisent et s'entr'éclairent sans cesse ?

jeudi 10 février 2011

Du Boulot #2

Et voilà.

Mon premier cours.

34 élèves. Des incompréhensions. Une intro de séquence sur la poésie. . Le sentiment d'être incompétente. Mais cependant une bonne participation (de la part d'une poignée d'élèves.)

Epuisement

Larmes, j'avoue.
Allez, on recommence lundi. Ça ira.

Enfin, je crois...

mardi 8 février 2011

"M'en fout, j'marcherai pas"

Hier soir j'ai re-regardé Gadjo Dilo avec mon papa qui, lui, ne l'avait pas vu. C'était mon premier Gatlif. Il m'a brûlé la gorge autant que ma première vodka, pure. 
Je me rappelle avoir passé des mois à essayé d'acquérir la même manière de claquer des doigts que Sabina. Je me rappelle maintenant que c'est depuis ce temps là que je claque plus souvent des doigts que je ne tape dans mes mains. Le déhanché y a gagné lui aussi. La musique directement reliée à mon corps. Mes épaules et mes hanches sont malhabiles mais si mobiles. Fertiles.
Des années plus tard, j'ai vu Rona chanter, enceinte jusqu'aux dents dans sa robe colorée. Et encore après Tchavolo Schmitt. C'était... ailleurs. 
Michto !
Il y eut aussi Je suis née d'une cigogne. Et puis tous les autres. 
J'espère que le jour où je goûterai les pissenlits par la racine, il y aura quelqu'un pour verser de la vodka dans la terre, et chanter, et danser.


Allez, pour la route, la bonne route, deux extraits des moins célèbres néanmoins sublimes Vengo et Latcho Drom. Chant : La Caïta


# La Rapporteuse 4

"Qu'importe l'emplacement ! Partout l'humanité est en cause et ce cortège n'a pas de fin.
Dans chaque corps atteint tous les corps gémissent. Tous les corps sombres, rejetés par les forces aveugles, dans le même abîme."
Andrée Chedid, L'Artiste et autres nouvelles, "Mort au ralenti"

C'est dans ce recueil que je l'ai découverte, c'était en troisième. C'est S. qui me l'avait offert à la fin de l'atelier théâtre sur la Révolte. Beaucoup de gens et de choses sont parties depuis. Cette nouvelle, puis d'autres, puis des poèmes sont restés. Merci.

"Avec mon sang aux mille oiseaux
J'ai marché tout au long de la terre
J'ai renié le temps
J'ai su parler à l'étranger

Avec mon sang couleur de jour
J'ai dit oui à la mort et à son innocence
J'ai refusé la nuit."

dimanche 16 janvier 2011

Quand même

Faudrait que je vous dise que l'attente s'est terminée. Bien.

Faudrait que je vous dise que les mots ont été variés, doux, forts, émouvant.

Faudrait que je vous dise qu'en nombre d'année je suis un peu plus vieille mais que je ne l'ai pas vu passer.

Faudrait que je vous dise les jeux et les marées.

See you there, see you soon. Maybe If.

jeudi 13 janvier 2011

Poupoupidou

"I wanna be loved by you"

Le film commence, envoutant, dans la chaleur des voiles et de la peau Candice Lecoeur (Sophie Quinton), dans la glace de ses yeux et de Mouthe. Je suis fascinée, c'est rien de le dire. Le film se poursuit dans la neige, dans l'hôtel miteux. Je suis heureuse de voir apparaître, même pour quelques instants, Joséphine de Meaux. Je ne sais pas, cela fait sens. Un peu comme le jour où j'avais lu que Johnny Depp appréciait les films de Gatlif. Les carnets. Marilyn. La maladresse de la réceptionniste. Jean-Paul Rouve taciturne. Quelques phrases, minuscules, délectables. et Sophie Quinton, éclatante, sublime. Présente dans toute l'absence de Candice/Martine.

"Poupoupidou"

Je vous avoue, je n'ai jamais vraiment été fascinée par Marilyn. Trop de paillettes, de scandales, de clichés. Pourtant comme toute femme lumineuse et malheureuse, elle a quelque chose de touchant.

Il faut que je vous dise. Avril fait partie des films de ma vie.

Gérald Hustache-Mathieu fait du sample. sculpte ses références sans se perdre de vue. La question de la légitimité, du complexe, mais bon sang, ce que ça me parle.

Avril, elle s'est cicatrisée quelque part au coin du poignet.

J'ai détesté avoir à subir une publicité pour Areva avant le film. Les multiplexes me laissent perplexes. Et tout le monde part au début du générique.

Avril m'avait séduite assez tôt. Elle m'a conquise en disant "Il y a un beau silence".

J'ai envie d'écouter la B.O. encore. Encore. Parce que je suis sortie de ce film sans vraiment savoir ce que j'en pensais, au bord des larmes, avec l'envie de marcher pendant des heures. Avec l'envie d'écrire. De rester dans la musique. C'est bon signe.
J'aimerais presque y retourner.

Et puis en vrac j'ai des cheveux plus courts, plus sombres, plus 'frouuuu". je cuisine je cuisine je cuisine. J'ai une montre et ça faisait longtemps.

mercredi 12 janvier 2011

En suspension...

Attendre. Attendre. Ne pas se goinfrer. Attendre. Ne pas réactualiser lapage toutes les 10 minutes. Attendre.Attendre. Ranger la cuisine. Attendre. Planifier le repas du soir. Attendre. Regarder de vieux Prison break. Attendre. Attendre. Ecouter Thiéfaine. Attendre. Lire ce qui tombe sous la main. Attendre. Prendre rendez-vous chez le coiffeur. Attendre. Attendre. Attendre. Attendre. Attendre. Attendre. 


Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah

J'ai du mal à attendre ces dernières heures.

samedi 8 janvier 2011

Tanze, meine Freudin !

Je cherchai un bon sujet de post et puis en revenant du cinéma je me suis dit que ça risquait de tourner à la page de pub. Mais je tente, des fois que vous partiez danser au ciné. 

Tanzträume (Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch), le documentaire de Hoffman et Linsel; 

L'affiche m'avait carrément séduite.
La bande annonce m'avait décollée de mon siège.
J'ai fini, bien entendu, par courir au CNP, histoire de voir. 

J'ai pas été déçue. 

Les rêves dansants suit un groupe d'adolescents n'ayant jamais vraiment pratiqué la danse, leur deux répétitrices et occasionnellement la grande Pina Bausch dans leur travail pour re-monter Kontakthof, un des chef-d'oeuvre de la chorégraphe. C'est l'idée de base.

Le film, lui, s'attache à capter l'évolution des jeunes gens, leur confrontation avec ce nouveau langage qu'est la danse- et qui plus est la danse très particulière telle que la conçoit Pina Bausch. Comment cette expérience resonne-t-elle avec ce qu'ils vivent, comment un groupe se forme-t-il, comment le corps si emprunté de l'adolescence trouve-t-il dans la danse une bonne raison de tout lâcher et de se faire confiance? Maladresse et effort, tendresse et difficulté, concentration et angoisses... Les impressions se mêlent et le film s'emporte vers une grâce folle, pétillante, vivante, de celles qui prennent au ventre.

Alors, ça vous dit ?




mercredi 5 janvier 2011

Tessons et cailloux #5

Après quelques heures, le temps de changer d'espace temps, de rentrer dans un appart' vide, de ranger un peu, de trainasser à la bibli, de manger un bagel peanut butter au goût un peu triste. Le temps de verser quelques larmes sur le quai après le départ du train. 
Dans les cailloux ramenés de vacances, il y a la dernière semaine avec la venue de L. La gare de nuit, les parties de Bonhanza, les paroles de Brel qui s'incrustent dans les conversations, la cuisine végétarienne, les mots en anglais -si bien que dans la rue tout à l'heure on m'a demandé si je donnais des cours. Un jour de l'an time's up et quelques belles surprises. Les jambes se détendent dans les escaliers de la croix, dans les côtes du Jura. Festival gastronomique un peu alcoolisé (Chartreuse et Brugse Zot). De la neige, du rouge au joues. Des hésitations magnifiques en français.
"Je suis heureux
-Non, tu es heureuse.
-Ah oui, je suis une fille donc je suis heureuse."
De la neige, du bazar dans la chambre et une fondue savoyarde. Un verre de l'amitié. Une heure de skype. Des silences légers. Des grasses matinées. Elle s'est tellement bien tricotée dans le quotidien, celui qui peut se créer en 7 jour et qu'il m'est déjà un peu difficile à défaire. L. est drôlement chouette. Tout le temps, quand elle lit des bouquins improbables, quand elle dévalise un magasin népalais à Saint-Jean, quand elle gère les lasagnes veggies, même quand elle est un grumpy à cause de la fain ou du sommeil. Fidèle à cette petite voix qui l'air de rien demandait, à des années lumières, "do you like the goldfish ?". L. is so  more than cute...

Cette semaine à l'image du reste des vacances me rappelle combien j'ai de la chance, combien il y a de gens fous et merveilleux autour. La joie violentes des enfants, et leur sérieux quand il s'agit de parler des paléontologues, des baleines, des bébés. La joie à peine moins violentes des adultes quand enfin, vers minuit du matin ils se mettent à chanter des chants de Noël, même que les mômes sont couchés, même que c'est que pour eux, et qu'on voit la lueur éblouissante au fond de leurs joues, celle qu'on avait oublié de voir parfois. Il y a le soulagement de continuer à communiquer, à avancer malgré les opérations et les dépressions. La redécouverte de l'atelier, de son enthousiasme et la force de nouvelles perspectives, l'envie de continuer. En mieux encore. Les deux A. sont de retour de leurs contrées lointaines. C'est bon de revoir l'une, un peu douloureux de manquer l'autre. Et puis il y a les gens qu'on commence, qu'on continue à découvrir. A lire. A écouter. Il y a les rires de nous deux gamines, au fond de l'appart'. On est bien là.

Et puis en vrac le retour de l'appareil photo, le thé fumant dans la fonte, le retour de Starmania -qu'il est bon d'hurler "Je suis un travesti" avec Sadia- et bien d'autres plaisirs indicibles peut-être inavouables, au moins inexprimables. Des plaisirs oubliables, fugaces, présentement intenses, palpables et si vite fanés  mais qui laissent une saveur inoubliable à ces jours si légers. 

"Tout est bon ici ça va, je suis vivant, ici ça va". Je chantais ça le jour où j'ai su. Je chante encore. "Tout est bon, ici ça, je suis vivant, ici c'est chaud, je suis suis sauvé, ici ça va, je suis vivant, ici c'est bon, ici ça va..."

Des promesses...

... des promesses me direz vous. Je les tiendrai peut-être, un jour. Dans une galaxie où je me remettrais au boulot, où je mangerais équilibré, où je rangerais tout au fur et à mesure, où je repasserais mes vêtements. Mais ce ne sont pas de bonnes résolutions. Promis, je resterai fidèle à moi même, bordélique, dépassée et lazy. 
Bref.

Tout ça pour vous souhaiter une année tout en cailloux chamarrés et en vitraux. En bulles et en trains. En noeil ouvert et en peau frissonnante. 

Prenez soin de vous, je reviens dans un instant ou deux, quelques éternités. 
Prenez soin de vous.