vendredi 21 mai 2021

PRINTEMPS ?

"V'la l'bon vent, v'la l'joli vent, v'la l'bon vent ma mie m'appelle..."
Dans la tête j'ai le mot PRINTEMPS écrit en grand et des chansons qui poussent si fort qu'elles passent le seuil des lèvres. J'ai l'odeur de l'herbe coupée fraichement collée aux narines - celle de la première tonte, quand l'herbe est haute et grasse. Dehors, il y a des oiseaux qui pépient. La nuit, dans le grand silence du voisinage, on peut regarder les étoiles. Je me dis depuis deux ans que je vais enfin sortir le livret sur le repérage des constellations selon les saisons et puis j'oublie. Mais je continue de dire à haute voix "C'est dingue comme on voit les étoiles" et de les regarder. 

Dans la tête j'ai le mot PRINTEMPS écrit en grand, et puis un immense gâchis d'encre embrouillé, un sac d'angoisse. Le vase trop plein et la vase qui déborde. Une grosse goutte qui lance la vague, des larmes rondes et des hoquets dans la gorge enlacée de nœuds très serrés. Quelque chose me tient en joue, à distance, m'écarte du droit chemin, l'évidence me braque et après avoir tenu (bon je sais pas, mais tenu), il faut bien se rendre. Se rendre à l'évidence. 

Ce n'est plus possible. Plus vivable. 
Il faut s'arrêter. 
Cela va prendre du temps. 

Alors, j'apprends, une évidence à la fois. Dix, quinze, vingt fois. J'apprends ce que c'est, n'en plus pouvoir, j''apprends qu'on ne tient pas éternellement en mode survie professionnelle. La panique mêlée de soulagement. Le soulagement qui appelle la panique quand la main ne décrispe pas au bout d'une, deux, trois semaines, et les cauchemars qui reviennent comme si c'était hier, comme si j'allais y retourner demain. 

Dans la tête, j'ai un grand point d'interrogation à côté du mot PRINTEMPS. Ce sera quoi, la suite ? Comment on se sort de ça ? Et après, on fait quoi ? On vit comment ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui compte, pour moi ? J'ai beaucoup de réponses et aucune sur laquelle m'appuyer. Elle me dit qu'il faut arrêter de se torturer à chercher des réponses immédiates. S'arrêter, prendre du temps, vous vous souvenez ? Revenir au présent. 
Revenir au printemps. 
Au soleil qui joue avec nos jours, aux gâteaux dans le four, aux cartons dans la maison et aux bouquins qui me tombent entre les mains. 

Dans la tête, j'ai le mot PRINTEMPS qui oscille et tremble, comme une flamme. Et si le gris le fauche parfois, la lumière citron étire ses lettres en grand, au couchant, juste derrière le pré, derrière la route déserte. 

Dans la tête j'ai le mot PRINTEMPS, écrit en grand. Et le mot PRESENT qui s'approche, timidement. 

mercredi 17 mars 2021

Ne vois-tu rien venir ?

Aucun post depuis plus d'un an.  

Je suis passée quelques fois, j'ai écrit des brouillons, et puis ils sont restés en boule dans l'éditeur de texte. Et un an, ça passe drôlement vite. 

mardi 3 décembre 2019

Lumières chroniques #8 - Aux feux des sémaphores

 Le mois de novembre  touche à sa fin dans moins de heures. C'est pas trop tôt. Novembre et moi, on se côtoie, puisqu'il le faut. Je laisse ma fatigue et ma tristesse s’aérer un peu, elles l'aiment bien. Il leur fait de la place dans ses jours courts, plus courts que mes cheveux qui tombent (juste un peu) sous les ciseaux du coiffeur. Il me lapiaze, justement, dans ses brouillards, ses entre-bleus.  
     Je ferme novembre, les doigts sur le clavier, un lapin à mes côté, de la musique dans le salon, et son souffle endormi au bout des marches. C'est une bonne manière de se dire au revoir, avec Novembre,
                  et sans rancune, hein. 


En novembre, tout à tenu au fil de l'horizon et aux bras des proches, aux feux des sémaphores pour avancer dans le brouillard. 

Deux maisons, trois établissements, éparpillée aux quatre vents, mon bac+5 ne pèse pas lourd, je tire une gueule de six pieds de long. L'ogre ne m'a pas offert ses bottes de sept lieues et mon moral s'épuise dans le grand huit. Il faudra retrouver un regard neuf, ne pas laisser la grande Maison me terrasser tout à fait. Garder dans sa manche une carte pour le dix de der. 

En novembre, il fallait se projeter plus loin, ailleurs et autrement. Apprendre à s'appuyer sur les autres. Faire sortir tout le brouillard : dormir, pleurer, grogner, et tout laver. 

Il y a pourtant des lumières dans la plaine, pour continuer à avancer que ce soit en zombie, en furie, en flaque de boue, en torrent de pluie. 

Elles sont portés par les chers, les très chers.
Mes chers chers parents naturellement, qui viennent tout repeindre en blanc avant le grand déménagement, qui assurent les arrières, et ouvrent des futurs, encore. Même à plus de 30 ans. 
Mes chères chères amies, bien entendu. Elles réchauffent les jours à coup de café longs, de cafés-crème, d'histoires de petits nuages et de sourires entendus. Pas besoin de mettre des masques, de faire semblant d'être détachée, drôle et dynamique quand je suis cassée, angoissée, épuisée. On peut en parler, on peut en rire. Et quand tous les monstres du placard se liguent contre moi, je sais que quoi qu'il arrive, il y aura l'Homonyme, et il y aura Em. 
Il y a les chers chers qui vivent plus loin, que je peine à appeler, maintenant que je ne sais plus écrire, mais qu'il est rassurant de savoir dans le monde. Il suffit parfois de penser au jour heureux où on se retrouvera. 
Il y a le cher chair frère, de l'autre côté de la table, avant de visiter la maison de repos ensemble. C'est bien de se voir, et de se parler, même dans le froid et la nuit qui tombe. Ça m'avait manqué. 
Sur le fauteuil, la chère mère-grand, assez fêlée pour laisser passer la lumière comme le veut la formule. La rassurer, jouer un peu, discuter. Entendre parfois un morceau de cœur craquer, casser quand elle parle de sa chute ou que les souvenirs s'en sont allés. Mais son regard... son regard... Rien que  pour ça, savoir qu'on reviendra le week-end suivant, ou le prochain. 

Elles sont ravivées par les collègues compatissants, joyeux, gentils, qui me font une place, même quelques heures ou un instant. Qui donnent un peu de relief aux jours mornes. 

Elles font feu de tous bois, se nourrissent de rêves simples. Un week-end chez soi, devant le poêle à bois, à faire des jeux, à bouquiner. Un "à ce soir" sonore en fermant la porte. L'air frais du jardin autour de la tasse de thé, le matin, pendant qu'elle caracole dans l'herbe. Les amis qui passeront pour un thé, un rhum, un verre de blanc, une part de pizza, un repas inventif, un jeu, quelques jours, un instant. Celar à quelques kilomètres, pour un café, une chanson. C'est pas arrivé depuis plus de dix ans, qu'on soit presque voisines, et ça ouvre des choses. Des sons d'accordéon que personne dans le voisinage n'entendra. Que moi, que moi. Le silence dans le matin, l'obscurité la nuit, le certitude de pouvoir reconstruire un domaine. 

Elles prennent vraiment  tout : un poème, une chanson, une couleur, un reflet. Un indice pour donner un semblant de direction.

Elles sont stabilisées par la perspective ouverte, dans ce dernier jour de novembre, par la promesse d'une nouvelle liberté dont j'ose à peine parler, parce que je crains encore de me tromper. 

Elles sont embrasées par les yeux profonds, les vibrisses frémissantes et la fourrure douce du petit lapin gris qui m'aidera bientôt à refaire une grotte quelque part. Et par les bras, la peau, les surprises, la patience de l'homme qui va avec le petit lapin.

En novembre, il faut accepter de déambuler dans les jours à tâtons, de se fier à l'horizon, et aux feux de joie qui essaiment, fort. 

jeudi 12 septembre 2019

Dans un jour ou deux, si on est heureux...

Les bus est reparti, les élèves aussi. Dans la voiture, il est resté la nuit et Peter Doherty qui chante "Paradise is under your nose".
La nuit
La vie
Est drôlement belle.

Le voyage avait commencé avec les appréhensions de toujours chiffonnées dans la zone sacro-iliaque. Encadrer des élèves quelques jours, vivre ensemble en auberge, dans le bus, en se demandant si on saura faire, si la distance sera juste, si on sera la prof qui gâche un peu la vie de voyage, la prof qui lui apporte un petit supplément de souffle ou celle qu'on aura oublié dans un an ou deux (si on est heureux...). Se blottir contre la vitre et le siège, casque sur les oreilles. Dormir un peu serrée dans la peur de mal faire et celle de ronfler.

Il pleut à peine quand on arrive. Il pleut quand-même. Un petit temps avant la visite pour se dégourdir les jambes. Certains cherchent déjà des épées en bois dans les boutiques pour jouer. Même à 16 ans, "on dirait qu'on serait". Des chevaliers ou des zombies. Des princes sous la pluie. Le guide les emmène entre les pierres, dirige leur regard. Moi, je les observe, ceux qui écoutent avec avidité, ceux qui s'ennuient, ceux qui regardent plutôt la charpente ou le mur. Dans la boutique, certains traînent vers les sceaux et les plumes, les encres et les carnets, le regard envieux. Je souris à l'intérieur de savoir que j'ai un peu le même. On les laisse gambader, trottiner, ouvrir leurs sacs de pique-nique précipitamment. La journée s'étend sous nos pas et nos odeurs de chien mouillé.

A l'auberge le soir, on oscille entre l'ultra-vigilance épuisante et la joie d'être sortis du tableau, du cadre quotidien. Alors même si tout est limite et de guingois dans ce lieu là, on regarde les élèves vivre un peu autrement, on trinque avec les collègues jusqu'à s'autoriser à dormir enfin, après la millième ronde et la énième vérification que le portable n'est pas en silencieux.

Le lendemain, il nous reste une petite demi-heure de bus pour partir dans l'espace. Le rire cascade tout seul à côté de Soage C'est la fatigue. Ou les ados. Ou le soleil qui tape trop. Comme à chaque fois qu'un autre monde se rappelle à moi, j'ai envie de tout apprendre. Je sais que je ne le ferai pas, mais c'est encore une vie alternative possible. Incroyable, toutes ces vies auxquelles on n'a même pas pensé.

Je déambule seule un moment, et j'apprends comment on fait les étoiles. Il faut beaucoup de chaos...Et Caetera. 

Quand on remonte dans le bus, je regarde un peu les visages fatigués et contents. Avec Fleur et Soage, on écoute les choupis-élèves qui débattent. La discussion s'étend aux sièges alentours. Alors, loin des réserves familières, s'élancer à pas mesurer dans la conversation. La joie qu'il y a à parler autrement et surtout à les écouter chercher leurs arguments, leurs mots. A étayer une pensée, une idée. A se corriger parfois. Dans un grand calme. Les mots tournent, partent vers des chemins plus légers. j'observe en souriant la grande amitié, le grand amour, quel qu'il soit - qui sait - qui nait entre L. et C. Je souris des confidences, toutes petites, sur les musiques qu'ils écoutent, ou sur les clichés des adultes. De leurs demandes diverses qui disent surtout l'envie de parler encore, encore dans la nuit, dans ce bus où nous avons tous des têtes de déterrés. L'envie de parler autrement. "Et ça, Madame, vous en pensez quoi ?". Je change mon masque de prof. Je ne m'en dépars pas, mais celui-ci est plus léger, moins opaque. a ce moment là, il faut bien ça, un loup à peine, pour laisser passer des sourires qui ne soient pas pleins de dents.

C'était il y a mille ans et c'était hier. Tenir à ces quelques souvenirs de l'année dernière. Le petit mot d'H. dans la boite mail, les notes honorables au bac, et les éclats des secondes. La silhouette d'A. aperçue dans un de mes nouveaux lycées. La perspective d'aller le saluer, de se réjouir de savoir qu'il a eu la filière qu'il voulait après les si nombreux rendez-vous à discuter de la suite. Les encouragements qu'il faudra formuler, aussi, pour que ça tienne.

Quand on est arrivés, à une heure pas possible, tout le monde est parti d'un coup. Dans la voiture, il est resté la nuit et Peter Doherty qui chante "Paradise is under your nose".


C'était il y a mille ans, et c'était hier. J'étais leur prof principale.
J'aimerais bien qu'on me dise des nouvelles de ceux qui étaient là, y'a un an ou deux.

Et s'ils sont heureux, on s'endormira.



mercredi 11 septembre 2019

Lumières chroniques 7 : En septembre, fourmiller

Un soir
Une nuit 
(Ne pas savoir si ça m'amuse ou ça m'énerve que tout commence toujours ainsi
Ici)
Une soir, donc, dans cette semaine où il faut repriser le grand trou de l'été, reprendre le cours, sortir de son lit, ça frémit, au bord du lavabo, après quelques pas de danse. Une mélodie inconnue arrive aux oreilles et descend, jusqu'aux doigts qui font la vaisselle. 
Ca fait quelques jours que ça trotte, fourmille dans les doigts. L'envie d'écrire, juste avec celle de danser.
(pas toujours, mais souvent, concomitantes)  (une parenthèse juste pour le plaisir des parenthèses et de ce mot, concomitante dans lequel j'entends mitan, commettre, comme, mite, temps, tante, comique, mi-temps, mythe, omettre,...  parfois ce con tonitruant). 
Le corps fou, dans la paix. Cette rentrée de la lose passe comme une lettre à la poste, quelque part. Un doigt après l'autre, sous les fourmillements, la tête lâche ses servitudes. Peut-être que ça aura au moins servi à ça, les crachats de la grande Maison, les petits coups de talon de l'institution. A arrêter de crisper les doigts et à retrouver les fourmillements. A retrouver l'envie, tout petit à petit.

Peut-être ça et puis
les mots de Mélie
l'échange avec Gaby
les discussions avec le garçon
et les bras, aussi. 

Peut-être ça et puis
Le lac avec Sandie
Les Fugaces dans le jardin
Les filles de La Collective
La fibre de Dakipaya Danza
Le thé chez Sophie
Les terrasses des amis
Les pelouses sous les clochers
Le ventre retourné
Les grands huit, le tipi
Les jours à la Ruelle 
Les jeux à la Ruelle
Le papier qu'il faut arracher
La cheville qui se tord : 
On fera un pas de côté. 
Les repas en famille,
Les rires des petites filles
Les heures douces rue de l'est
Et les doigts qui fourmillent


Peut-être ça et puis
La lumière et le vent (c'est cliché, mais tant pis) 
Le message de Kathy
Les moutons et la pluie
Quelques pintes de bière, de joie,
Quelques failles, aussi
L'eau dont on sait jamais si c'est un lac, la mer
Le contact des pierres
La musique sur la route
Sur les champs de bataille, la mémoire et l'oubli
Les pubs, les rues la nuit
Le poêle à bois le soir
Les montagnes, les espoirs
Son kway qui s'emmêle
Les quelques grains de grêle
Applecross, tu souris
Une corneille
Le brouillard
Des maisons, et des vaches
Une barbe et une moustache

Les lumières, on a dit
La brûlure du whisky



Il faudra se rappeler, à la fin de l'automne, dans le brouillard de novembre et les carences de l'hiver, les soirs de réunion et les jours de copies. Il faudra se rappeler du mois de septembre. De la grève du zèle. des libertés qu'on prend puisque ça ne compte jamais en fin de. Compte les heures sur le bout des doigts. Rubis sur l'ongle. Lire et écrire encore. Reprendre corps entre les vignes et dans l'eau de la piscine. La légèreté sur les terrasses. La douceur sur le canapé abîmé.
Le fourmillement sur les pages et sur le clavier. 
Il faudra rappeler l'été. 

samedi 30 mars 2019

Encore une ville la nuit

Le pas souple des chaussures rose délavées sur le bitume, le grand pull marine, le casque sur les oreilles et la ville nocturne. Je n'avais pas oublié, mais ça faisait longtemps. Cette sensation, une des plus fortes, celle qui pousse à écrire, encore.

Marcher comme n'importe qui et pourtant comme personne.

Juste là, sur la brèche, la faille, le fil, équilibriste invisible entre l'envie de pleurer et celle de danser à l'infini. Tenue par cette tristesse presque chaleureuse, familière, et par un genre surprenant de confiance, parce que c'est la nuit, la ville. Nihil nove sub luna.  Ou peut-être bien que si. Une nuance de plus dans le canevas, dans le camaïeu des jours. Un ton plus haut, un ton plus bas dans la petite mélodie de l'obscurité. 

Lancer le site de musique en mode aléatoire et entendre le début de cette chanson qui résonnait dans la voiture de mon frère. La gorge obstruée d'un sourire et de sanglots inachevés. Envoyer quelques mots pour dire un millième de ce qu'on aurait à dire. Savoir que tout le reste sera entendu. 

Je marche dans le quartier un peu foutraque que j'habite et que je trouve beau quand même, souvent, d'y voir les étoiles et d'y entendre les oiseaux au milieu de la nuit, d'y marcher sous les lampadaires qui s'éteignent et s'allument, d'y observer le ciel et les guirlandes lumineuses que font les fenêtres éclairées à pas d'heure toute l'année. 

Je sais que ça me manquera un peu, ces promenades citadines nocturnes. J'en rêvais déjà ado, dans la voiture parentale, le front contre la vitre. Je savais qu'il y aurait là quelque chose de juste, où je serais entièrement, complètement moi. Seule et entourée. Avec mes contradictions, mes antithèses, mes oxymores. Quand j'ai pu marcher dans des villes la nuit, longtemps, la peur s'est mêlée de mes pas, s'en est prise à mon souffle. Dans cette ville, cette ville là, je ne tremble pas. Et c'est juste. Juste, là. Je sais que ça me manquera, mais sans regret, je quitterai la vie d'une ville la nuit. J'apprendrai à arpenter d'autres lieux, comme j'ai appris à aimer me coucher avant minuit souvent ces derniers mois. Et si d'aventure l'âme me vague, que le jour m'amer, je viendrai poser mes semelles sur les bords de la rivière. Je sais que tout sera intact sous la plante du pied. Et chaque miette du médianoche croustillera sous ma dent. 

Je marche au bord du trottoir. Juste là. sur la brèche, la faille, le fil. A pas de chat déguisé en humaine maladroite, avancer au dessus des gouffres qui me tendent leurs pièges dans certains silences, certaines paroles. Je danse au dessus du vide, tenue par un genre surprenant de confiance, parce que c'est la nuit, la ville. Nnihil nove etc..  ou peut-être bien que si. 

Un genre évident de confiance, "la famille, la famille". 

Retour au bercail.

... et un jour s'impose l'évidence. Il faut revenir écrire ici.

mardi 5 février 2019

Bientôt

Je viens si peu ici. Ou plutôt, je viens, je laisse des bribes de brouillons, j'efface, j'hésite, et je repars. La faute au carnet un-quart-née qui correspond mieux aux jours, sans doute. La faute au doute. Aux croûtes sous les yeux des nuits sans sommeil. La faute à la peur, celle de l'impudeur. La faute à pas de danse. La faute à la chance. Faute d’énergie et faute de temps. Faute d'or au gras des doigts. Faute à la peur de tourner en ronds de jambe, de cuir, faute me fondre en tourne-disque, usé. 

Mais. 

C'est pas faute de vouloir. Veni, vidi. Bientôt, j'écrirai aussi. 

mardi 20 février 2018

N'est-ce qu'un nom ?

Félixe Blizar.

Il y en a eu d'autres, avant, des alias et des Avatars. Geai, bien sûr, pour le NigloDrom, et les débuts ici, et puis Hériss' pour les premiers MotsdeTravers. Bien avant, il y a eu Laho***, Antig***, et bien après Clo***Da***.

Félixe Blizar est apparue à Lyon, début 2011 je crois. C'était dans l'atelier des Consignés. J'avais cherché longtemps un nom pour succéder à Hériss. Noté, combiné, essayé tant de choses jusqu'à arriver à cet endroit là, juste, sous un repli de peau, qui se nomme Félixe Blizar. Félixie ou juste Blizar selon les jours. Je me rappelle très précisément pourquoi ces noms là, sans oublier que se nommer tient du sortilège, que le choix d'un nom ne se résume pas à une liste de bonnes raisons.
Il faut que quelque chose tienne.
Oui, mais à quoi ? 

Ces temps, je me suis demandé si je voulais, si je devais, si je pouvais donner l'adresse de Félixe à quelqu'un. Donc forcément, je me suis demandé qui était Félixe au fond. Ce qu'elle représentait. Ce qu'il y avait dans ces deux espaces. Ce que ça disait de celle que je suis, au delà de ce nom, et de ce que ça pouvait transformer aussi. Je me suis demandé pour la millième fois ce que ça pouvait avoir comme sens, écrire ici, et si c'était stupide ou vaniteux. 

J'ai relu des dizaines de posts, fouillé dans les archives et même dans les brouillons. 
Bien sûr, aucune réponse à mes questions.

Ou plutôt toujours les mêmes. Mais je n'y vois pas plus clair, tant chaque phrase, même la plus grandiloquente et la plus maladroite, est une goutte de lymphe ou un morceau de chair. Un ongle incarné, un poil, un grain de beauté. Impossible de reculer. Tout est trop près. Je vois les difformités dans les détails. Et quelques reflets. Mais c'est à peu près tout. Aucune idée de ce que peut donner l'ensemble. 

On est bien avancé.

Pour écrire ce post, j'ai en fait ouvert un brouillon d'il y a deux ans, constitué d'un titre et de deux mots. Quelques mois avant, j'avais reçu un message  très émouvant et déroutant. Quelqu'un que je ne connaissais pas, avait atterri ici, en tirant un fil sur Twitter, et me lisait. Vraiment. On a beaucoup échangé. 
Cette histoire là m'a interrogée sur l'écart entre ce que l'on percevait de Félixe Blizar et ce que j'étais moi. Il y a eu la terrible sensation d'être dépassée par un personnage et d'avoir déçu (presqu'au sens du mot anglais deceive). La terrible sensation d'être une incarnation grossière de ce que les mots laissaient présager. Je ne sais pas si c'est exactement ce qu'on a pensé, mais c'est quand même ainsi que je l'ai vécu. Et l'idée que mes petits mots en bordel avaient touché quelqu'un est devenue soudain tranchante.
Ca a été un peu violent, c'est le moins qu'on puisse dire. 

Quand les échanges ont cessé, j'ai voulu écrire un genre de mise en garde qui rappellerait que Félixe n'est qu'un être de lettres, qu'une infime partie de la fille qui écrit derrière, qu'un miroir déformant de fête foraine, qu'un exercice de style parfois. Qu'une fiction, après tout.
Moi un peu plus, et un peu moins en même temps. 
Parce qu'il y a les choix, les grands silences sur les choses essentielles (que les aimés de la vraie vie ne se froissent donc pas si je ne raconte pas ceci ou cela... il y a des choses que je veux garder jalousement pour moi ou que je ne sais pas écrire tout simplement), les détours, les raccourcis, les traits repassés à l'encre et ceux gommés, le goût du rythme, et celui, excessif, des énumérations. 

Et puis j'ai laissé tomber, en me disant qu'après tout, ça allait de soi, quand même, non ? Et qu'on allait arrêter de s'excuser d'être là, et qu'on allait se tenir debout comme des grandes, Félixe et moi. 

Ces temps, c'est la crainte inverse qui m'habite. Celle que les mots de Félixe dévoilent l'insignifiance et la vanité de la fille derrière l'écran. 

Je relis le texte de présentation que j'avais proposé en 2011. 

Félixe Blizar ce n'est qu'un nom. 
Je suis bazar, les yeux brouillards et j'ai les doigts tout dérouillés. Ancre plus encre que clavier, ancre perdue sous le papier. Pleine de cailloux et de tessons, pleine de frissons. 
Félixe Blizar pour vous écrire. 
Voici des mots à peine passés au court-brouillon, des bouts de pierre, galets de lierre à hérisser les dandelions. Des truc en sang, en scène, en son. Parfois sereine et parfois non. 
Félixe Blizar, n'est-ce qu'un nom ?

Comme quoi, en sept ans, il y a des choses qui demeurent. Solides ou indécidables. 

Reste qu'il faudra bien arrêter de s'excuser d'être là, et tenir debout, comme des grandes, Félixe et moi. 



lundi 22 janvier 2018

Lumières chroniques 6 : Oublier les bougies

Je les regarde, tous ceux là. Tous ces chers de mes vies diverses. En train de bavarder, plus ou moins près du buffet, que je m'efforce de remplir. Il y a des bribes de grandes conversations, de petits riens, de bêtises, de découvertes. Toujours surprise de cette capacité des gens à s'entendre, si facilement.

Étonnament, ça fait écho.

Étonnament ?
Pas tant que ça. Pas si surprise, finalement.. Mais de l'émotion droit dans les dents. Celle de voir l'adolescence côtoyer la trentaine toute fraîche, de mélanger le lycée où j'étais élève et celui ou je travaille. Celle de voir ceux avec qui je suis venue dans cette ville, la première fois, cette ville où je n'avais aucune raison de venir habiter un jour, discuter avec ceux qui me donnent envie d'y rester.
Aucune ? 
Peut-être que si. Peut-être que le théâtre, la musique et la danse, l'horizon le long du fleuve, les maisons à colombages. Peut-être que les Romochovas et les rires qu'on a plantés, les pas de danse emmêlés dans les rues qui peinaient à se déserter ont poussé, en souterrain, n'attendant qu'un retour pour éclore.

Je serais bien incapable de dire de quoi on a parlé et de quoi on a ri. Je crois qu'on a à peine dansé, et chanté un peu fort. 

Il y avait les présents, et leurs cadeaux. Fille gâtée. Pourrie tu crois ? Peut-être, mais. Peut-être pas.
Des objets. On pourrait dire que ce ne sont que des objets, et bien sûr, ce n'est pas vrai.

Je glisse ici et là d'un groupe à l'autre. Je les regarde, les yeux écarquillés et le ventre retourné.

Bien sûr, je vois glisser sur le parquet les silhouettes des absents, les khâgneux, la coloquinte, les Erasmus, la meilleure amie de l'enfance, No, Celar, le frangin et la très-belle-soeur. Je trinque silencieusement à leur santé.

Et pourtant, même si la chair de ces très chers manque dans le petit appartement, il y a l'étrange sensation de cohérence. De voir des centaines de moments emboîtés comme si c'était cohérent. Et d'avoir le droit d'être à la fois toutes celles que j'ai été, toutes celles que je suis. Rassemblées, la fille aux cheveux hirsutes et aux pantalons népalais roses et la femme qui met du rouge à lèvre rouge. Rassemblées celle qu'on appelle Madame, celle qui répète "j'suis pas une fille", celle qui serre sa putain de tristesse comme un doudou, celle qui pourrait hurler sous les déferlements de joie, celle qui s'excuse tout le temps, celle qui sait chanter en public, celle qui voudrait s'extraire du monde, celle qui respire mieux dès qu'il y a des copains, celle qui est inapte à la socialisation, celle qui est maladroite, celle qui sait tisser des liens, celle qui danse en pleine présence, celle qui n'est jamais d'accord avec son corps, celle qui est forte quoi qu'on en dise, celle qui a peur de tout, celle qui se pourlèche de la nuit sur la peau, celle qui écrit et celle qui vit.

Dans la cuisine, il y a un garçon. Ou un homme. Ou un arbre. Qui prépare des mojitos. Je le regarde discuter avec l'Homonyme, avec la chère Em, Sandilla, Cil, et les autres. Je le regarde prendre sa place dans cette mosaïque là. Comme il m'émeut, comme son rire résonne et comme ses mots vibrent. Comme ça m'attrape, comme ça me renverse.

Alors je pense à toutes celles que j'ai été, et qui me composent encore, dans les recoins du corps,  persuadées que j'étais trop ou pas assez, que j'avais rien à offrir et tout à perdre. Celles qui ont grandi avec dans le ventre, comme une lame, cette certitude musclée de l'impossibilité. Je leur souris, et je les berce, je les rassure, les console comme je peux. Pas d'illusion, les certitudes ne se bousculent pas aussi aisément, et les doutes ne se laissent pas toujours balayer. 
Pourtant parfois, il y a des mots ou des regards, comme des tempêtes, qui viennent percer les digues, les remparts, les murailles, toutes les fortifications et les attirails qu'on avait construit autour. 

Pourtant parfois, même quand on a pas de cheminée, et qu'on oublie les bougies, quelque chose luit, joyeusement, dans le foyer

mercredi 3 janvier 2018

Au grand air


Je vous souhaite une année au grand air, poumons ouverts, rage au vent, élan au ventre.

Je vous souhaite d'avoir la plante voyageuse et la confiance bien ancrée, les racines en réseau et solidaires, les feuilles ouvertes, l'écorce tendre, les ramilles souples, le tronc debout, le houppier majestueux, la sève nourissante.

Pour essayer de se dire les choses, je vous souhaite des mots doux, des mots justes, des mots exigeants, des mots rieurs, des mots extravagants, des mots sincères, des mots magiques, des mots simples, des mots nus, des mots sonores, des mots drus, des mots tordus, des mots pesés dix ans et des mots incontrôlés, des mots incongrus, des mots lunaires, des mots solides, des mots tremblants, des mots confiants, des mots iodés, des mots sylvestres, des mots rares, des mots désuets, des mots murmurés, des mots sereins, des mots énergiques, des mots grivois, des mots gravés, des mots criés, des mots précis, des mots intimes et des mots collectifs. Des mots choisis.

Et pour essayer de s'entendre, beaucoup de silence autour. 

Belle année à tous. 








Avoir du souffle...

Dans mon lit, le 1er janvier à midi, je repensais au même moment, un an avant. 
Aux bruits qui faisaient vibrer les murs, aux basses qui me faisaient trembler, à la tempête d'impuissance et aux nerfs craquelés, aux grandes marées qui m'empêchaient de respirer. 
Dans mon lit, le 1er janvier à midi, tout était calme, et le gris du jour dehors ne faisait que renforcer la douceur d'être à l'intérieur. 

Partis, les voisins de l'angoisse, la classe infernale, et les petites bêtes. Les nerfs ont eu le temps de refaire un peu de laine et d'acier. Les envies laissées en friche ont pu se cultiver à nouveau. L'énergie est revenue aux Lumières Chroniques de l'été. Il y a de l'espace, de la tranquillité, et un chez-soi qui abrite à nouveau des tempêtes au lieu de les provoquer. Il y a un peu de swing dans les jours pour continuer à danser. Il y a un lycée vers lequel j'aime aller. Il y a toujours le besoin d'écrire, et le temps qu'on finira par requérir. Et puis bien sûr il y a les gens, les chers, les hêtres auprès desquels l'absurdité des choses fond comme neige au soleil, auprès desquels il fait bon vivre. Comme un Charme, pour grandir. 

Alors même si des tempêtes resurgissent, si le monde autour souffle sur ma rage et ma colère, si d'autres grandes marées viennent parfois tout interroger, de la chair et des os, de la peau, du cœur et des peurs, le souffle demeure. 

C'est pas mal, pour continuer. 

vendredi 8 décembre 2017

Lumières chroniques 5 : Lumignons

Décembre, enfin. 

Après novembre, qui fiche ses flèches et ses froids dans le dos, il y a un soupir de soulagement à arriver au seuil des cembres. 

Les villes s'illuminent, et au delà de mon agacement électrique, quelque chose trouve dans ces nuits pointillées de guirlandes, un certain réconfort. Alors si ça tombe plus tôt, le noir, sur le nez ou les ciels, on s'accroche aux lampions qui jouent à l'été. On s'approche des festivités. 

Des balades en forêt pour respirer mieux, le nez dans le vent, les cheveux en bataille, et des feuilles dans le cou. Des branches auxquelles s'accrocher, des hérissons à apprivoiser. Et danser avec un tronc, la joue contre l'écorce, les lèvres contre l'aubier, le coeur tendre à sculpter. 


Décembre, enfin. 

Retourner au théâtre. Des histoires de femmes. Des femmes artistes, peintres, écrivains. Des histoires de femmes puissantes et fêlées, de femmes au ventre creusé. Des histoires d'exécution, de perte. Des histoires d'amour, de familles. Des femmes entières, debout, tenues par la nécessité de dérouler le fil, de creuser les vérités, de traquer les absences ou les horreurs. Des sorcières, comme les autres. 

Rire autour d'un verre de blanc, avec les copines, en parlant de la fête qu'on veut se préparer sur mesure. Se donner des nouvelles, une tasse à la main, en fin de semaine. Manger des manalas sous les petites lumières du salon pour fêter la St Nicolas. Enrouler les conversations autour du dimanche midi, en fin de marché. 

Le 8 décembre, dans n'importe quelle ville, je mets des lumignons derrière les carreaux. En partant au théâtre je guette les rebords de fenêtres pour apercevoir un signe des lyonnais illuminés. L'agitation de la ville me frôle à peine. Je me sens au dehors. Quand la pièce est finie, je rentre comme je suis partie, en dehors et les yeux rivés au bord des fenêtres. L'oeil moucheté de rouge en plus. J'ai le texte dans mon sac. En rentrant, j'ajoute de la lumière à la lumière. Je regarde les flammes vaciller dans la nuit glacé. Je pense peu à Marie, à vrai dire. Mais je pense aux absents. Et je pense aux espoirs. Je pense à toute la gratitude que je ne sais pas à qui envoyer. Je prends l'occasion de poser au bord de la fenêtre ce qui reste habituellement au dedans. Et je rends à la nuit un peu de la chaleur et du réconfort qu'elle m'inspire par ces offrandes vite soufflées. 

Je sais qu'au loin tu poses toi aussi, des bougies, et l'idée me réjouit.  

Il va falloir dormir, que tout puisse reposer, dans ce réconfort enfantin de savoir que les veilleuses sont allumées. 

mercredi 11 octobre 2017

Luxe de la luz, light and bright

Il y avait encore tant de choses à partager de cet été, des ciels, des nuits, des bruits, des lectures,des musiques, de la nature en vrac, et des bitumes réchauffés. Mais la saison est passée et je ne suis pas sûre de savoir en dire plus que ces quatre rayons modestes.

Cependant, alors que je m’apprêtais à abandonner ce titre à regret, je me suis dit qu'après tout, il serait peut-être bon d'explorer la lumière ailleurs que l'été, à l'orée de cette saison où, fidèle à sa fuite, elle viendra à manquer. Aller voir des lumières moins solaires et moins franches, les débusquer au coin des jours gris. Chasser les éclaircies avec un filet à papillon, traquer les lampadaires à l'appareil photo, suivre la piste, vers le solstice, ne pas hésiter à se cacher dans la nuit en attendant que le jour se lève, riant de toutes ses dents sur nos peaux blêmes. Mordre dans les quartiers de citron qui se présentent, quelle que soit la saison. Y accorder nos violons. 

Alors je reviens vite et que la lumière-soi, la lumière-elle, -lui, belle, luise de plus réel. 
Alors je reviens vite, avec ce virus qui me poursuit et ouvre les tympans, les poumons et les pores. Les coeurs et les corps. Cette lumière chronique accrochée aux doigts. 

mercredi 13 septembre 2017

Lumière chronique 4 : Radios mages et disques mondes

Routes en rubans, déroulées sous les pneus, bornes croquées comme des noix de cajou, l'éternel rotation du caoutchouc sur le goudron, les graviers, ou la terre. Festin gris perle, anthracite, ou ardoise.

Dans l'habitacle, la petite radio cause à toutes heures du jour ou de la nuit. Des émissions du hasard, sur le procès de Bobigny, les Portal de la Fumade, les symboles solaires, des entretiens avec des auteurs, des musiciens, des comédiens ou des chanteurs, une alpiniste. De la pop, du rock, de la chanson, de l'électro. Tout ce qui traîne.

Il y a toujours ce léger ébahissement, à tomber pile, ou face, contre ce dont on a besoin. La radio magique me réserve des clins d'yeux fous sur cette portion de l'autoroute familière. La radio H.S.(celle des Heureuses surprises) m'accueille quand je retourne à la ville. Des envies de danser aux besoins de panser, des souvenirs enfouis aux avenirs mûris.


Les jours où l'inconnu des routes me suffit et où j'ai ce besoin de familiarité dans les oreilles, il y a toujours quelques albums qui traînent, pour chanter, pour se taire. Pour tasser la lumière au fond du pavillon. Il y a des CDs, parfois rayés, derrière la porte voilée de la boite à gants. Se réchauffer à d'autres fourrures, d'autres enveloppements.

D'une découverte à une retrouvaille, le réjouissement, la surprise. Tout m'ébahit. Et puis j'oublie. J'oublie les coïncidences dingues et les frissons visibles. J'oublie les noms que je me promets de retenir. Les moments incroyables, les écailles sensibles. L'instant qui vient passe son aimant sur mes bandes magnétiques, tout peut recommencer. Souvent. Souvent, j'oublie.

Parfois, non.

Début septembre, la fin de semaine mascarade. On dirait qu'on serait en vacances encore un peu. Qu'on roulerait beaucoup, pour retrouver quelqu'un de très cher. Qu'on ferait comme s'il n'y avait rien d'autre à faire. Comme si le lundi n'existait pas. Et la fatigue non plus. Le dos contre le siège avant gauche, les mains sur le volant usé, les kilomètres passent l'un après l'autre sous les chansons de Soprano. Les voix de Bigflo et Oli. Celles qui causent de Barbara. Une foule sentimentale dans l'habitacle quand la pluie me démange la carrosserie puis me bouscule et blesse mes yeux fatigués. J'écrase ma peur en appuyant sur la pédale. Je pense à Verte qui m'attend, de moins en moins loin, et ça me tient. Enfin, il y a la voix de Babx qui masse mes mâchoires contractées. Tout est plus évident. Je pense à son Cristal automatique et à cette Marche à l'amour dont je ne me remets pas. Je n'ose attendre les quelques notes aux pianos, si sûre d'être déçue. Mais en périphérie, la voix dit soudain "Gaston Miron". Tout se tait, et tout tremble. L'eau de la route remonte les canaux. La ville tourne, un feu après l'autre, jusqu'aux chemins déserts.

"Dans les giboulées d'étoile de mon ciel / l'éclair s'épanouit dans ma chair / je passe les poings durs au vent / j'ai un cœur de mille-chevaux vapeur / j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle."

Quand j'arrive devant la maison, le poème et la musique touchent à leur fin.
Ce n'est pas croyable. Pas plus croyable que cette pluie qui s'était mise à tomber en même temps que mes larmes, quelques années plutôt. Pourtant c'est exactement ça, juste à la seconde près. Et tant pis si ça ne veut rien dire. Si c'est le hasard, la coïncidence. La contingence.

Ca cogne 
en plein
à 
mille
temps que nous sommes
temps d'être
présent



dimanche 10 septembre 2017

Lumière Chronique 3 : Et des gens, autour.

En rentrant dans la vi(ll)e, il y a eu ce bonheur de retrouver ceux d'ici, ceux avec qui étaient de  la vadrouille, ceux pas vus depuis deux mois. Et puis le retour des collègues.
"Alors ces vacances ? "
"Et M. c'était comment ?" 
"Tu l'as prise, cette semaine d'écriture ?"
"T'es allée où déjà ?" 

Les réponses se bricolent, plus ou moins longuement. On se raconte les lieux, les expériences, les moyens de transport, les anecdotes de plans foireux, les impressions fugaces. On se raconte en dates et en itinéraires. On se dit que ça va, ou parfois pas. On se répète, d'une conversation à l'autre. Des phrases se moulent, et reviennent, telles quelles. 

"Ce n'est pas l'endroit où je serais allé en premier mais du coup..." 
"Une belle surprise." 
"Les villes sont magnifiques, mais on n'a pas arpenté la campagne autrement qu'en bus. Pas d'ombre et 40 degrés. Zones pelées. Que l'ombre des cactus." 
"Plein de gens et de lieux. Deux ou trois jours chaque fois." 
"On a été près de B. chez la mère de. Et puis après. Ensuite on a. Et enfin, s'arrêter à. Avant de rentrer."
"Pas l'habitude de passer tant de temps sans me retrouver seule, mais c'était bien." 
"Presque pas écrit, mais c'est pas grave."

A l'intérieur, c'est autre chose qui se dit. 

Cet été ? 
C'était beau. Beau, t'sais. 
Pendant des années j'ai eu du mal avec l'été. Mais les derniers. Le dernier. C'était beau, t'sais. Beau à s'en essouffler. 
Des kilomètres comme des fils d'une ville à l'autre, d'un.e ami.e à l'autre, d'un membre de la famille à l'autre. A sentir les liens tenir, à épargner les coutures, à défaire le labyrinthe et les distances qui estompent parfois. 

Cet été ? 
La chance, dis. La chance dense. 
La danse. 
Tous ceux là à serrer dans les bras. Tous ceux là avec qui rire, parlerparlerparler, jouer, se taire, sourire en coin, se balader, boire des verres dehors, glousser, pleurer, dormir. Dormir, avec cette confiance qu'il faut pour partager un toit, une chambre ailleurs, un quotidien, et la fluidité pour ne pas se gêner dans la cuisine. Tous ceux là avec qui se dire la vie, à tous les étages, se dire les choses crues, se dire les choses tues. Tous ceux qui envoient des petits mots, douuux, ou qui les disent en vrai, souvent l'air de rien. Mais j'entends. Ceux qui ne nous ressemblent pas, et qu'on retrouve avec délices ici ou là, avec la certitude qu'on se reverra, dans un mois ou un an, qu'au pire on s'aimera de loin en attendant. 

Les kilomètres qui s'engouffrent sous le bas de caisse me fatiguent un peu et me ravivent beaucoup. Ils ne nous éloignent pas. J'ai l'impression de glisser sur les routes et les airs comme sur des rubans anthracites. Déliant les pas, nouant les liens. Je sens chaque présence, au loin, au bout d'un fil. Pas de ces laisses sur lesquelles on tire mais de ces laines nuageuses, extensibles dans lesquelles on s'enroule pour se rapprocher. 

Cet été ? 
L'amour. 
Je me méfie en général, avec ce mot fourre tout, badigeonné de grenadine collante, dilué dans des eaux pas très nettes et éructé par des bouches insipides. Mais faut bien le reconnaître, au delà de son déguisement laid de tous les jours, quand il se pointe en soufflant autour des épaules, on ne peut qu'arrêter de prendre des grands airs, et prononcer son nom. Parce que c'était ça, cet été, se rappeler combien j'aime tous ces gens de ma vie, et sentir de manière plus aiguë que c'est visiblement réciproque. Certes, il y a les aspérités et les défauts de fabrication, ceux qui font qu'aucun de nous n'est un modèle de série ou de perfection. Il y a les rugosités par lesquelles s'accrocher, et les failles qui laissent le rire résonner longtemps. Les cases en moins qui laissent de l'espace pour se rencontrer, le temps d'un coup de fil, d'un repas, d'un séjour partagé. Cet été, se sentir aimé.r. 






mercredi 23 août 2017

Lumières chroniques 2 : Lancer de poids

Les saisons commencent parfois n'importe quand, et quoiqu'en disent les calendriers, l'été a subitement déboulé le 5 juillet.
La sensation du solstice. 
Des poids jetés les uns après les autres, loin, loin, derrière la barre des 23 mètres 12. 

Si je m'étais inscrite, cette année, j'aurais battu tous les records de la discipline. 

Il y en a eu des poids cette année. Des trucs à se traîner. Des trucs contextuels pesant de toute leur masse sur les épaules rondes. Des trucs anciens, qu'on a tellement l'habitude de porter qu'on les a oubliés. Alors, au milieu de la tourmente, de l'appartement colonisé, de la classe é-nervée, j'ai travaillé les muscles du dos, des bras, j'ai entraîné le souffle, pour le jour où je pourrais tout envoyer paître et me retourner, sans ruminer. J'ai préparé les mots pour la petite fille accrochée à mes épaules et à mon ventre. J'ai préparé ses valises, et nos mouchoirs pour les adieux. J'ai préparé la voix pour les chants de départ. 

Il y a eu des poids cette année, et le mien dont je peine toujours à m'occuper, mais je sens que c'est pour bientôt, pour de vrai. Mais je sais que ça a déjà commencé, en sous-marin. 

Alors le 5 juillet, quand je suis sortie de la "commission d'harmonisation", comme on dit, j'ai regardé le soleil hébétée. J'ai embrassé Cara qui partait vers le sud, et je suis allée traîner à la librairie, une des plus chouettes librairies (celle où j'ai acheté, il y a des millénaires, le carnet pour les Squelettes). J'ai fouillé dans la poésie, la socio, l'histoire, la philosophie. J'ai pensé aux neurones que je voudrais recommencer à connecter, aux milliers de lignes à lire, et peut-être, si ce n'est pas trop prétentieux, à écrire. Non, même si c'est prétentieux, complètement prétentieux, j'ai pensé aux milliers de lignes que j'écrirai. Sans -s. Sans condition. Sans hypothèque. Bien sûr qu'il faut pré-tendre, pour faire, pour ne pas tout lâcher.

Petit à petit, j'ai posé les pierres qui me courbaient la nuque.

Il y avait déjà eu cette fin tranchante avec la classe qui me cramait l'échine. C'était allé jusqu'à la cassure. Jusqu'au souffle balancé, jusqu'à ce que tout sentiment d'être concernée passe par dessus l'épaule. Vous ne voulez pas de moi ? Très bien, je m'en vais. J'ai laissé toute l'eau qui me restait s'enrouler dans le lavabo, et je suis partie dire au revoir à ceux que je quittais à regret, en jetant ces heures pénibles aux toilettes, et en m'en lavant les mains.

Il y avait alors la fin de ces lignes interminables d'encre à évaluer, ces nuits, assise,  à essayer de démêler des propos, des pensées. A essayer de comprendre, à chercher, à bordereauter, à justifier, à relever les notes, à m'enfoncer. Et puis, j'ai rendu les paquets de kraft, comme on pousse tout ce qui encombre le passage, jusqu'à ce que ça s'envole.

Il y avait la perspective du départ. Des parts de route à prendre, de péages à passer, de frontières à outrepasser. La perspective de ne plus entendre la voix d'ogre qui me faisait trembler, de ne plus sentir mes viscères s'emmêler à la seule pensée de revenir dans ce lieu annexé. S'ouvrir l'espace, arrêter de vivre collée à l'écran, enfermée à triple tours, le casque vissé aux oreilles, le souffle court. J'ai fait mon sac, pour aller voir les aimés, ici, là, ailleurs. J'ai plié les vêtement, et tricoté des oiseaux de nerfs, que j'ai envoyés voler par la fenêtre ouverte de la voiture. 

Un soir je suis rentrée, avec la ferme intention de repartir aussi sec, dès que le linge le serait. Mais soudain, l'espace est plus clair. Les affaires ont disparu, le nom aussi. Pas de voix d'ogre, pas de murs tremblants. Alors, c'est fini, enfin ? J'attends le lendemain pour être sûre, bien sûre que ce calme, sur lequel j'aimerais m'étendre tiendra. Et quand les mots tombent, j'en pleurerais de joie, si je n'étais pas si hébétée. Les paupières battent, comme quand on ouvre les volets le matin. Alors, c'est fini enfin ?                        Oui, oui, oui, c'est fini. On peut se changer la vie. 
Ce poids là, il s'est lancé tout seul hors de ma poitrine compressée depuis des mois, loiiiiiiin. Et les séquelles de la peur s'évaporent comme un mauvais marais, lourd et boueux, asséché par le soleil au Zénith. Les crispations réflexes se défont, se rassurent. La suite s'ouvre toute seule.

Et puis il y a cette Nuit Claire, que j'apprends à quitter, un pas après l'autre. Tu auras toujours toute ma tendresse, la Nuit. Je me réfugierai encore entre tes ombres et tes lumières pour écrire, pour apprivoiser mes gravités. Je déposerai les tristesses qui ornent mes cils, en offrande, au pied des racines de ces forêts de conte. Au pied des amples arbres comme le hêtre de Giono. Mais j'ai trop de jours à voir, trop de soleil à vivre, trop de légèreté qui trépigne en dedans pour te porter encore, la Nuit. Je laisse la Nuit Claire à sa place, je repose un caillou d'où il vient, et d'un murmure, je l'embrasse avant de m'en aller. 


Légèrement. 



lundi 14 août 2017

Lumières chroniques 1 : Guirlandes et fanions

L'été est venu, enfin.


Est venu avec sa carcasse ensoleillée, m'enlever au foyer. Et même si j'étais épuisée de cette année gluante et poisseuse, j'ai eu cette sensation d'être attrapée par la main et de sortir voir le jour, les cheveux dans le vent, avec ce soulagement des adieux et des fuites nécessaires. Je me suis laissée occuper par les présences, éclairer par les lumières de la fête.


Partout où je passe, je vois des choses suspendues qui battent dans les airs. Des guirlandes lumineuses, des fanions fêtant la légèreté, des lampions au faîte de leur brève existence.


A chaque fois, quelque chose embrasse ces flammes colorées. Les langues de tissu chantonnent en chœur. Leur frémissement me vient, hérissant la joie furieuse qui éclate sous le plexus. 

Solaire. 

Sol. 
Quelque part sous les pieds martelant un chemin.

Air. 
Partout autour, qui étreint et anime. 


On se colle à la peau des guirlandes éphémère, un dimanche aprem. Et la journée en est plus riante, plus brillante. 

Et pourtant, ces fêtes qui flottent, partout où je passe, ne sont pas les miennes. Mais elles sont éparpillées autour, dans leurs costumes des grands jours, leur musique fanfaronne et leur odeur de sucre -  on peut en attraper des miettes et s'en lécher les doigts. 


Tout reste sous la peau, indiscernable. Imperméable au regard. Au dehors, à peine le frisson d'une lèvre étirée et le relâchement des muscles pour avouer aux passants que la vie a air de fête. Et les cheveux longs oh si, tellement, qui s'enguirlandent avec le vent. 

Légèrement. 



















vendredi 27 janvier 2017

Et fleurir, ce peut être invisible

Ces derniers temps, il y a eu beaucoup de questions et de soupirs à propos du boulot. (J'entends les proches ricaner : "Ces derniers temps ? C'est pas le cas depuis le début ?". Oui, peut-être, bon. Ces derniers temps ou ces dernières années). Une classe avec qui on tourne en rond, quelques élèves difficiles, l'impression que ça ne sert à rien, ce mal qu'on se donne, qu'on s'échange, qu'on se prête, qu'on se rend bien. 

Aujourd'hui, éclaircie. 

En repartant du salon de thé de la rue d'Or, après un chaï avec P. à jouer au week-end (alors que non, pas du tout), j'aperçois un groupe d'élèves massés en terrasse de kebab. J'entends un "Oh" suivi d'un tonitruant et jovial. "Bonjour Madame !". C'est une élève. Elle appartient à la classe sus-nommée. Souvent éteinte, ou en train de bavarder. Il faut lutter, encourager. Tout semble l'ennuyer. Pourtant, il y a une sorte de candeur dans son bonjour. Ce que ça change, de ne pas être entre les murs. Des enfants, ne pas oublier, ce sont encore des enfants, des enfants qui jouent aux grands. 


Quand j'arrive au lycée, par la petite cour toujours déserte, je tombe sur une autre élève (qui est elle aussi dans ma classe compliquée) et un élève que je ne connais pas. Celui-ci m'interpelle. "Bonjour Mme Blizar". Étonnée, je m'approche en les saluant à mon tour. "Il faut que je vous donne le bonjour de Lila M." 

Lila. 

Et vlan, une vie plus tôt. Vous vous rappelez, Lila ? Pour ceux qui n'étaient pas là ou qui ne se souviennent pas, quelques mots et quelques liens. C'était une élève de 5ème, revêche, électrique et souvent mutique. Elle avait fini par me parler à cause de la bruyère en fleur chez Victor Hugo. Elle avait même fini par me lancer des papillotes en râlant, et je me rappellerai du jour où elle s'était effondré, en plein cours, faisant couler son masque d'acier. 

Il m'explique qu'il lui a parlé du fait que je travaillais maintenant au Lycée du Lièvre, et qu'elle a tenu  à me passer le bonjour et à me transmettre un message. 
L'émotion, dis. 
On discute, deux minutes, sous le regard d'I. et on repart, un sourire chacun.

La photocopieuse roule ses feuilles. C'est tout bête. On le sait bien. Pourtant il faut y revenir sans cesse. On ne sait jamais ce qui se passe derrière un visage. Inaccessible, l'écho de nos mots, de nos gestes dans la boite crânienne ou leur onde sous le plexus. Dès qu'ils ont passé le mur de peau, il n'en reste que la surface à peine troublée, parfois maquillée. Supposer, déchiffrer, croire, percevoir peut-être, estimer au mieux. Froisser des coeurs, sans le savoir, sonner creux sans l'entendre et peut-être une fois sur cent, sur mille, changer quelque chose, imperceptiblement. 
(Et je pense à cette histoire d'autostop et d'origami vécue par Mélie) 
Peut-être que c'est simplement ingrat, d'envoyer des choses en ayant la sensation que ça file souvent dans le vide. Peut-être que ça ne sert pas à rien, juste pour la fois sur cent, sur mille. Et que ça vaut bien la fatigue des bras dans le vent. Peut-être que tout ne se perd pas, qu'on s'est pas complètement trompé de voie. Peut-être que ça raisonne, en face, même quand on ne le voit pas.

Je finis la semaine en terminant le visionnage de l'adaptation en film d'une pièce que l'on a travaillée. Je les vois réagir. Je sens des sourires, des silences, des indignations qui se chuchotent. Quand le générique se lance, quelques remarques fusent. "Mais Madame, c'est pas du tout comme dans le livre !" "En plus le personnage de S. c'était presque le personnage principal et ils l'ont enlevé !". Je souris de les voir défendre l'oeuvre originale, pourtant si dure à plusieurs égards. Y tiendraient-ils un peu, en fin de compte, à ce texte ? 


En repartant, dans le froid bleu, je pense à Guillevic (quelle surprise).
"Heureusement qu'il n'est pas sûr que tous ces murs soient sans oreilles". 

lundi 16 janvier 2017

Et des copeaux...

Pour être honnête, je ne savais pas comment venir ici, et formuler des voeux. 

Il me paraissait difficile de croire à ce qu'on se lance entre deux bises, dans une embrassade, des cartes ou des textos. Trois cent soixante jours et des copeaux. Ca fait long pour rester à l'abri de la vie et de ses coups indistincts. Pourtant, c'est le plus sincèrement du monde que j'ai aligné des mots, pour chacun, comme des gris-gris à garder au chaud dans un coin des épaules. C'est une manière comme une autre de dire aux gens qu'on les aime, qu'on ne leur veut que du bien, qu'on les connaît au moins un peu (quand on ne se contente pas du "bonne année" de circonstance, j'entends). Une façon indirecte de dire qu'on sera là en cas de tempête. 


Trois cent soixante jours et des copeaux. 

Quelques nuages ventrus, déjà à l'horizon de nos attentes, plus ou moins proches. Un printemps en suspens. Il faudra faire avec, aller contre, vivre en dépit de, s'aimer toutefois, se serrer les coudes cependant, s'évader mais, sourire par ailleurs, se tenir au delà, s'entendre même si, s'écouter bien que, respirer toujours. Trouver des pré-positions, des adverbes, des conjonctions, des connecteurs logiques. 


Qu'est-ce qu'on se souhaite, alors ? 

Trois cent soixante jours et des copeaux, à continuer de tourner cette vie de bois, tendre ou noueuse. A continuer dans nos ateliers, à sculpter les jours, comme on peut, à partager nos savoirs-faire et nos émerveillements. A faire face ensemble aux cassures et aux ratés. A se bricoler des totems et des beautés.