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samedi 5 septembre 2015

La joie et les oeillets

Juillet ce fut un festival. Une fête. Une vraie fête, à la fois rituel, festin et célébration.
Avec un peu de désordre dans les dates et dans les impressions. Grisée de routes emmêlées comme des fils de laine. 

Sur la route de Bazoches, écluser la fatigue. Je regarde envieuse les gens qui savent se plonger dans l'ouverture des vacances, tout d'un trait, et prendre leur souffle en grand, les dents à l'air, immédiatement. Je laisse les nerfs claquer entre les collines de Bourgogne. Le vert les reçoit sans animosité, et me les rapporte, se faisant au passage une place au creux de l'iris. J'ai l'impression de le respirer, ce vert. Le soleil presse pourtant et je rejoins les lectures, d'abord installée dehors, contre le mur de l'église. Ce qu'il y a d'inattendu dans la fatigue c'est qu'elle peut nous enclaver comme nous laisser les portes grandes ouvertes, à se laisser aller sans plus rien refuser. Alors je me suis laissée vaquer dans les mots de Michel Bourçon puis de Patrick Beurard-Valdoye. Les images sont entrées sans avoir besoin de frapper. Les sons on battu librement les temps. Traversée par les poèmes. Par contre, je sens mon esprit se cabrer devant la performance du dimanche après-midi. Tout s'est temporairement refermé et a attendu, à l'intérieur. Devant les beaux livres des éditions Potentille, je rencontre une femme qui pourrait être une aïeule. Je veux dire, vraiment, on se rencontre. De manière immédiate et forte. On s'ouvre des fenêtres, en attendant les portes. On se re-trouvera, forcément. 



Aller-Retour à Vézelay, "Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises" écrivait Dimey. Je suis souvent plus partagée, mais il est sûr que j'aime incroyablement cette basilique. C'est à l'intérieur qu'on a l'impression d'être submergé de lumière. Tout le dit dans cette pierre blanche, dans la fraîcheur de la crypte, et dans l'incroyable mélange du roman et du gothique. Je me rappelle une discussion avec le frère lors de notre visite, deux ans plus tôt : "Pourquoi tu mets un cierge alors que tu te dis athée ?" J'ai essayé de lui expliquer et à moi en même temps. Le sacré sans dieu, le sacre qui est à la fois séparation et couronnement, sacrifice et sacralisation. Difficile d'expliquer que je vis sans la présence d'une divinité mais qu'il y a quand même des choses "sacrées". Ce sont de petites choses. Des gestes auxquels je donne un surplus de conscience et d'attention, des objets qui revêtent un sens particulier. Des rites minuscules, parfois fluctuants (oui, c'est contradictoire) sans impératif catégorique, aucun sens intrinsèque, mais que je suis ou me donne avec jubilation. A ce moment là, ajouter de la lumière à la lumière, ce fut évident. Et peu m'importe comment ce cierge est perçu de l'extérieur. Cette année pas de cierge, mais des murmures laissés dans les allées. 




Voiture à l'arrêt, vers chez moi. Sandilla revenait de son année en Amérique du Sud, à apprendre comment on fait pour respirer même quand l'oxygène se fait plus rare. De son année à se surprendre en découvrant que le verbe pouvoir se conjugue  à l'infini. De son année à gravir des montagnes, à regarder les choses depuis un peu plus haut et plus loin, à affronter la solitude des déserts de sel. Clo nous a retrouvées pour fêter ensemble l'espace ouvert. Pour ne pas perdre ce qui s'était créé, un jour, sur la table de la cuisine de la ruelle. Pour garder au chaud contre nous trois cette parole ouverte, et sincère. Ce dépouillement d'artifice au milieu de juillet. L'obscurité qu'on peut se dire sans convoquer les malaises. On a raté les mojitos, réussi les conversations, et acheté des boucles d'oreilles. On a trinqué aux morceaux de démons défaits cette année et à la certitude qu'on finira le travail. Clo nous a lu son recueil de nouvelles, si dense, si fort. Je pense aux mains entre lesquelles j'aimerais le mettre. On se laisse en se disant que ce n'est que pour un temps, bien sûr.  


Voiture à l'arrêt, pour la semaine, à Chalon-sur-Saône. Allez, zou, dans la rue. Chalon dans la rue. Ce sont nos pieds qui vont devoir avancer, et nos voix qui remplaceront l'autoradio. On a pris des voitures, des trains, des roues différentes pour arriver là. Ils arrivent les uns après les autres, Sandilla, F., No, Violette. Je redécouvre, ébahie, combien la vie est étrangement facile avec eux. On croise au passage des amis, des familles. On se laisse terrasser, parfois. Comme devant "La montagne" du collectif Bonheur Intérieur Brut. Sans voix, regarder des hommes et des femmes gravir, glisser, monter, tomber, se jeter, s'aider, se défier, se porter, se supporter, s'affronter sur cette montagne. Tant et si bien que les frissons, que l'eau au bord de la rive. On ne peut pas "se poser". Sans cesse, se relever, changer de regard, voir autrement.  On retrouve cette in-tranquillité en suivant les "10 000 pas sans amour" de La Baleine-Cargo presque au même endroit. Lysistrata d'Aristophane monté sur frigo, métissé de Victor Hugo, Georges Bataille, Louise Labé, ce n'est pas un pari facile mais ça fonctionne ! Ca vient nous parler dans une langue hétéroclite mais jamais banale, même quand les mots sont familiers. Ca vient interroger, dans le rire pas toujours franc du collier. Dans la musique. Par les corps, les visages, les voix de ces six acteurs incroyablement denses. Dans le rythme, impeccable ! Nous suivrons aussi le groupe ToNNe qui nous emmène chez Annie Ernaux dans "AE - Les Années" et réussit à "susciter le débat, à toucher, à troubler". Trois grands moments d'unanimité dans l'émotion pour notre petit groupe (autant dire que c'est pas rien). Petit à petit des départs. On reste trois, le dimanche soir, sous la pluie à l'autre bout de la ville, devant le lieu d'un spectacle annulé. C'est trop triste de clore le cheminement emmêlé de cette semaine là-bas. On va s'attabler devant une bière et une gaufre (belges, les deux) pour que le dimanche ait un goût de fête, encore. Le goût de tout ce qu'on a vu, débattu, de tout ce qui a résonné, des concerts tard dans la cour d'école, des expansions du nom improbables utilisées pour décrire les musiques et des émerveillements successifs. On rentre, apaisés. Le lendemain, la ville fera comme si de rien n'était. Quelques affiches au coin des yeux trahiront qu'elle a bien peu dormi. On trouvera quelques signes de la passion malgré la toilette toute fraîche. Il est temps de s'en retourner.


La route vers Sète nous porte, dans le matin. Mon amie Celar est là, à côté. (d'elle je tiens cette habitude de préciser "mon amie" avant le prénom des gens qui me sont cherscherschers.) On se raconte le début de l'été. Les libérations et les envies. Les entraves. Les possibles. Avant d'arriver on chante en chœur, Michèle Bernard (Celar, Michèle Bernard et moi, c'est une des histoires que je raconte trop souvent, parce que c'est une des histoires que je préfère). Ce festival, la poésie, on en a tant parlé. Et dans les rayons verticaux du midi, nous arrivons. Nous rencontrons la femme chez qui nous allons loger quelques jours et sa fille. Elles ont une énergie folle. Cette rencontre est simple, les choses se font naturellement. Dans son appartement, les meubles chinés, quelques-unes de ses créations, les couleurs, la vue depuis le balcon, tout me parle. On passera de beaux moments à parler de bouquins, d'artisanat, et à écouter Celar improviser des chansons sur la guitare rose de cette petite fille, au milieu de la cuisine et du café.




Quand pour la première fois, nous arrivons au jardin du château d'eau, je me revois très nettement, lors de ma première venue. J'étais près du portillon, Paco Ibanez venait de participer à une causerie sous les arbres. Je l'ai appelée sans penser qu'elle était ailleurs sur la carte. Il fallait qu'elle sache combien elle était là, aussi. Que je lui dise combien j'étais sûre qu'on viendrait ensemble, un jour. Combien j'étais réjouie. Réjouie et tremblante de ce que je m'apprêtais à faire. J'allais faire un petit pas. Dire à quelqu'un que je ne connaissais pas que j'écrivais, et que je souhaitais être publiée. Elle était au bout du fil à m'envoyer ses clochettes. Et les clochettes de Celar, quand elles vous tintent dans le dos, vous ne pouvez qu'avoir confiance.


Avec Celar, à Sète, on a entendu de la poésie, bien sûr. On a parlé. Bu du chai latte. On est resté, longtemps la nuit sur le balcon. On a parlé des lieux où il ferait bon vivre et bon se retrouver. On a projeté de possibles futurs dans les ruelles et sur les places. Elle m'a signalé quand les traductions étaient mauvaises. Je lui ai demandé si on pouvait aller écouter Maram Al Masri, sans savoir qu'elle était déjà partie. On s'est rappelées l'une l'autre à l'écriture. On a mangé des frites le long du canal, vers minuit. On s'est dit que ce serait bien de venir la prochaine fois avec son compagnon, avec notre amie Clo, avec les chères chairs.


On a écouté Paco el Lobo, au théâtre de la mer, pendant qu'un bateau passait, derrière. On a attendu sous la drache que le concert reprenne. Et puis, finalement, cela se fit à l'inattendu, dans la chapelle du quartier haut, et c'était beau, c'était beau. Tous trempés sur les dalles écornées, Dans la peinture noire écaillée et le blanc bien net. Il y avait sa voix, dans les enceintes de fortune, la guitare de Cristobal Corbel et la danse de l'incroyable Melinda Sala, fulgurante malgré la pierre qui écrasait son dos.

Le dernier jour, écrire enfin un peu, toutes les deux. 
On s'est quittées dans une rue en pente. Sentir encore les traces du duende pour partir plus loin dans l'été.



lundi 15 septembre 2014

F-estival #3 - Sous l'arbre, soleil de loir

Repartie pour un tour.
Toujours avec une voiture au soleil, de la musique, et quelques poches de poésie, pour l'intraveineuse.

Le départ s'était fait bien avant. Un jour, mon amie Celar avait appelé en me disant "il y a cet endroit- ils ont une bourse d'écriture, tu devrais essayer". Puis, un autre jour, elle avait dit "Tu te rappelles de cette bourse d'écriture ? Vraiment, tu devrais faire un dossier. Moi, j'ai la sensation qu'elle t'attend, qu'elle est pour toi." Enfin, c'est moi qui l'ai appelée en disant "Je l'ai eue".

Voilà. c'est l'histoire de cette semaine où quelques personnes ont décidé de me donner du temps, de l'argent, de l'espace, pour que je puisse écrire. C'est l'histoire de cette découverte : j'ai le droit d'écrire, de le dire, de vouloir en faire quelque chose de plus que moi.

Je ne sais pas comment vous parler de cette dernière semaine de fête estivale.

Parce que je tiens au fait de n'être ici que Felixe Blizar, que vous ne sachiez de Félixe que le fait que ses trajets en voiture sont des épopées (et quelques autres trucs). J'aime être ici n'être qu'une fraction de moi, une demi-portion, une ombre ou un vague reflet, tout en ayant l'impression que ça me permet d'être aussi un peu plus que moi-même. Etre cette part de moi que j'appelle Félixe Blizar, qui vit dans une ville sans nom, dans une rue de surnom. Et que si je commence à vous raconter cette semaine en détails, c'en sera fini de Félixe, de la possibilité de me cacher derrière cette fraction, derrière cette fiction. Oui, si je vous raconte, les fils seront cette fois trop facile à tirer, et hop, plus de masque, plus de robe, plus que de la peau nue. Ça, je ne sais pas faire encore. 

J'oscille. L'envie de dire cette chance, ma gratitude, ma joie mais aussi les choses moins jolies, la fierté, les aiguilles d'orgueil. L'envie de vous envoyer des liens vers les gens incroyables rencontrés, de partager mes lectures folles. Et puis la nécessité du contre-jour pour avancer. 

A défaut de savoir vraiment vous raconter, je vous envoie une rétrospective, mots en mains.









lundi 4 août 2014

F-estival - #1 Au sud de juillet


Le problème, avec les fins d'années qui n'en sont pas, c'est qu'il faut des chocs pour comprendre que c'est terminé. Qu'on peut enfin ouvrir le temps en grand. On n'en a jamais autant conscience que lorsque cette liberté des jours et de l'esprit semble compromise. Par un compte en banque affamé, par le manque de projets, par la fatigue ou par un problème de santé.

Au moment où j'ai réalisé que je ne pourrais peut-être rien faire de ce que je souhaitais, ou presque, soyons honnête, j'aurais pleuré comme une enfant.


A quoi bon avoir enfin vaincu la terreur des longs étés troués de vide, cette malédiction des années d'études aux boulots insipides et à la solitude amère, si c'est pour se retrouver clouée là, au lit de l’hôpital ou à la ville désertée ? Comment recommencer en septembre sans l'été qui traîne sur la peau, sans rien pour croire au soleil ?

Au moment où j'ai réalisé que j'allais pouvoir, quand même, vadrouiller un peu, retrouver, écrire, écouter, rire, débattre, voir, discuter, rencontrer, flâner, j'aurais pleuré, encore, comme une enfant.

Ce qu'il y a de bien, avec ces chocs qui ouvrent les vacances, c'est qu'ils nous autorisent à dériver, enfin, loin de là. Qu'ils nous forcent à quitter la terre ferme, à mettre un terme, et à se faire insulaire.


J'ai donc pris la voiture, un peu plus tard que prévu. J'ai suivi l'autoroute vers la méditerranée, avec du rock, des lunettes de soleil, et des galettes de riz au chocolat fondu. Ma voiture est allée se compacter parmi les milliers d'autres. On a roulé en accordéon. Qu'importe d'être en retard ? C'est le week-end et on roule en accordéon. On roule vers Archi et Verte, deux très-chers de l'Erasmus (et de tant d'autres choses depuis).

J'ai l'impression que j'arrive toujours dans cette ville à la même heure. Que je vois toujours le soleil horizontal dans les miroirs vers l’hôtel de région, et que je sens à chaque fois ce délicieux frisson des soirs orangers, en bord de mer. Même si je ne vois pas la mer.

Le parking était à sa place, Archi et deux de ses amies sont arrivés pour m'ouvrir en grand la porte des vacances. Il ne restait plus qu'à aller manger, ensemble, un peu fatigués, sur une place repeinte de monde. Verte est arrivée un peu après, avec ses cheveux plus courts et son sourire vif. Sur la nappe à carreaux, improviser un jeu, parler jusqu'à plus soif, et dire beaucoup de bêtises.

Sur la mezzanine, je me suis installée, temporairement. J'ai posé des livres, des vêtements, des carnets.

Nous sommes partis, plus léger, vers un village fantôme. A l'autre bout de la route, des gorges. Tant de choses y serpentent, du chemin, de l'eau, des rochers, que je ne peux qu'aimer. Je vais lentement entre les pierres, les chevilles sont fragiles, mais Verte et R. m'aident, de toute la bienveillance possible. Savent-ils à quel point il est rare de ne pas trouver dans l'aide une pointe d'agacement ? Savent-ils à quel point cela m'émeut, cette attention sincère et constante ? Au fond de l'après-midi, une cascade et une eau toute en retenue nous attendent. Je supporte soudain mieux d'avoir commencé la journée par cet acte désagréable en tous points : l'achat d'un maillot de bain.
Qu'est-ce qui fait qu'on sait se jeter dans l'eau froide comme on ne sait le faire nulle part ailleurs ?

On se régale, dans l'eau ou au resto, dans la ville éclairée que nous traversons le lendemain, de thé à la menthe fraîche, de coriandre achetée sur le trottoir qui embaume la cuisine, de pain marocain.


Parfois on n'est pas d'accord, du tout, sur le monde, la vie, la SNCF, les intermittents ou le programme tv. Ce n'est pas si grave, il y a d'autres accords.

Et si tout le monde râle, alors que nous sommes trempés jusqu'aux os, que la pluie nous bat aux tempes, si tout le monde râle et moi un peu, parce que Sète attendra, et les poèmes aussi, je jubile de cette ville et de ces traditions d'été. D'arriver encore à se retrouver, même sans effusions.

Le soir Verte et R. sont là. C'est si évident, que j'oublie d'être triste, à l'idée que bientôt, ils seront loin à nouveau. Loin au point de ne pas pouvoir appeler au dernier moment pour dire « Ma sœur vient dans ta ville, le week-end prochain, je peux profiter de la voiture. » Loin, au point qu'il faudra calculer à quelle heure s'appeler. Loin au point qu'on peut encore dire « à l'autre bout du monde », cette expression d'un temps révolu ou le monde avait deux bouts, un sens, et des distances infranchissables. C'est si évident que je fais un thé à la menthe, et qu'on joue ensemble, avant que la nuit ne nous reprenne.

Le lendemain, je repars, mi-digue, mi-raison. Trop d'au-revoir à a fois. Une ville de poèmes qui attend non loin de là.


Amerrir à Sète, le long du canal, face à la colline, sous le soleil, pour se rappeler l'été dernier. Pour frétiller dans le présent du poème. Osciller entre les rencontres éditoriales, et la pure émotion, la langueur des hamacs et la balade avec mon homonyme. Tout se mélange, sous les rayons et l'ombre ourlée de ciel. Le goût de la menthe, le vert vibrant des feuilles, leur frémissement tranquille et les mots qui se perdent. Je rencontre de belles éditions, de beaux projets, de belles personnes. Par exemple, je vous propose d'aller voir ce que font la revue Souffles, les éditions Tipaza (chez qui on m'a fait découvert un presqu'inédit de Guillevic...), la diffusion de l'Oiseau Indigo. Et plus généralement, d'aller faire un tour sur le site du festival, pour tomber comme par magie sur des choses folles, surprenantes, enthousiasmantes.

Sète, c'est aussi parler de ce que cela veut dire, écrire de la poésie, éditer de la poésie, en temps de crise, en temps de guerre, au Liban ou en Italie. C'est la rencontre d'auteurs d'ici, d'ailleurs, d’Israël, de Palestine, de Slovénie et d'Oman.

C'est une lutte de chaque instant contre la malédiction de Babel. Les poèmes se lisent dans toutes les langues de la méditerranée. Chacun vient, la bouche pétrie différemment. Et pourtant, toujours, nous nous entendons. Les oreilles ravies à leur environnement familier se retournent sur les chants plus ou moins inconnus. Tout descend beaucoup plus loin que l'intelligence. Les silences sont les mêmes, au creux des vers sonores. A une couleur près. Les silences sont les tympans des poèmes. Les passages dans lesquels tout vient rebondir et se faufiler.

Avant de quitter Sète, je m'autorise une gourmandise en allant écouter Salah Stetié accompagné par Yassin Vassilis-Cherif au Nay. Il n'y a rien à en dire. Ça suffit pour avancer sur l'autoroute de nuit.


Quelques jours avec Verte et Archi, à Montpellier, et la chaleur de la proximité pour tenir au plein de l'hiver.



Une seule journée, à Voix Vives, et des dizaines de raisons de battre, encore. De battre de partout. De croire qu'il fait beau.  


mercredi 18 septembre 2013

"Un bouquet de houx vert..."

Dans une classe il y a une élève électrique. On dirait qu'elle s'appellerait Lila. Qu'elle aurait un minois de jeune fille de bonne famille, et le nom qui va avec, que son visage serait toujours renfrogné, tout froissé et l'air d'avoir envie de fuir ou de déchiqueter. Lila dessine très bien, surtout quand il faudrait pas, elle a les yeux collés au sol, au plafond, à la table, à tout sauf à votre regard qui l'interroge. Elle est très forte pour se taire, pour ne pas répondre. Et quand elle lâche quelque chose, c'est toujours entre ses dents, un peu agressif. Elle est énervée, on dirait. Mais tout le temps.

Je ne sais pas pourquoi Lila est en colère. Je n'ai pas lu son dossier, je n'en ai pas parlé à son prof principal, je ne suis pas sure qu'on puisse m'expliquer comme ça, devant la machine à café, la colère qui vibre sous les mots retenus de Lila, ses bougonnements, ses sourcils froncés et son air ramassé. Je ne suis pas sure qu'on puisse l'expliquer, et je crains que toute tentative de le faire ne me mette moi-même en colère, parce que ce sera réducteur, parce que ce sera imbécile, parce que je n'y pourrai surement rien. Je ne sais pas quoi faire face à Lila. Je suis démunie parce que je n'ai pas encore fait le tour de la forteresse, que je n'ai pas trouvé la boite aux lettres pour y amorcer une conversation. Alors, je tiens sur l'essentiel, et pour le reste, je fais confiance au temps, pour un regard à travers une fenêtre, une porte entrebâillée, un geste de la main depuis un soupirail. 

A l'improviste, ce matin, c'est Victor Hugo qui a trouvé pour moi une porte ouverte. Victor, il faut dire, il me trouve régulièrement des portes, des fenêtres, des boites aux lettres, des lieux à partager avec les élèves face à moi. Pour qu'on soit un peu moins en face et un peu plus ensemble. Pour qu'il y ait un sens à tout ce temps qu'on passe dans les mêmes pièces, en neuf mois. 

Je distribue le début de "Demain dès l'aube", sans les deux derniers vers. On lit, on fait des hypothèses, on relit, on relie, on se délecte des images, on cherche des traces. 

Je sais, la moitié des profs de français ont sans doute déjà donné CE poème dans leur carrière, la plupart des élèves l'ont lu au moins une fois, si ce n'est quatre ou cinq. Et il y a tellement d'autres poèmes qui attendent en silence, enfermés dans leur couverture empoussiérée... Pourquoi alors ? J'ai cent réponses ou aucune. La force de l'amour paternel, la surprise de la fin, les évocations, la métrique parfaite, les voiles, le nom Harfleur qui semble si irréel aux élèves, l'or, le chemin, le rythme qui grandit dans le matin... Le fait est que quand j'ai distribué la fin, alors que la sonnerie retentissait, il y a eu quelques exclamations. Certains un peu tristes, d'autres simplement contents d'avoir résolu l'enquête. 

Et puis, il y a Lila, qui m'agrippe le regard et me dit "Je l'avais lu en primaire". Je découvre sa voix, plus claire, et ses yeux, plus longtemps. Je l'encourage : "ah oui ?". "Oui, je me rappelle, la fin, j'avais dessiné une tombe avec des fleurs... je me souviens de la bruyère, ça, la bruyère en fleur". On discute une minute, avec Lila. De poésie, de dessin, de la mort de Léopoldine. De la bruyère en fleur. 

On ne sait pas ce qui remue chez nos élèves au contact des textes, des images qu'on leur donne à lire. Depuis le début de l'année, on a brassé des choses, déjà, l'adoption, le remariage d'un parent, le lien à la mère, l'éducation, les amoureux séparés pour une guerre, l'impossibilité de partir alors qu'on en crève d'envie. On a parlé d'éducation, de voyage, de lettres d'amour, et d'un père sur la tombe de sa fille. Et souvent, on ne sait pas comment ça résonne, comment ça peut valdinguer à l'intérieur. Comment ça résonne et ce qui restera de tout ça. Une règle de grammaire, un bouquin, une expression. J'espère juste qu'ils sauront ce que c'est, ce sentiment d'être retourné par une oeuvre d'art. D'être interrogé, d'être consolé, d'être encouragé, d'être moins seul face à soi, au monde et au bordel que ça engendre. Quelle que soit la couleur, le personnage, le mot qui les bouleverse. Parvenir à l'essence, au poème des choses. 

Ce matin, on y vient, quand c'est la poésie qui ouvre une brèche dans les murailles et qui fait que soudain, à quelques mots grincheux de là, on partage l'essentiel, l'or du soir et la tombe d'une fille. Quand je découvre complètement abasourdie le sourire triste de Lila, que quelque chose se fendille aussi.


La bruyère en fleur, bien sur, quoi d'autre ?



jeudi 6 septembre 2012

La Rapporteuse #11 René Guy Cadou

L'étrange douceur

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s'est mis à chanter
Des fleurs naissent
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuille
Le dormeur des porches bleues
L'églantines que l'on cueille 
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux ruisseaux d'argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L'ai est plein de paille fraîche
De houblon et de sommeil
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C'est le toit qui se soulève
Semant d'astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison. 


*


Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires

Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires 
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps


Je t'attendais et tous les quais toutes les routes 
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait 
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules 
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais


Tu ne remuais encor que par quelques paupières 
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées 
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou


Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie 
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays 
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient


Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres 
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau 
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères 
Où nous allions tous deux enlacés par les rues


Tu venais de si loin derrière ton visage 
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même 
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.



René Guy Cadou

dimanche 1 juillet 2012

Joie des fourmis, tristesse de bal

La voix de L recouvre tant bien que mal les résonances du bal sur la place. C'est étrange, ces boum boum dans le creux de cette mélodie nocturne et, d'une certaine manière, lyrique. Oui, le bal, le baloche, la guinche. Pas d'accordéon à l'horizon. Du plus loin que je me rappelle, le bal de la place, aux prémices de juillet, me laisse toujours un peu triste. Remontée des contes de fées méprisés. Qualité discutable de la musique. Répulsion de ces attroupements fillasses et mectons. Impression de solitude, parce que définitivement, je ne suis pas d'ici. De la maison, oui. Mais je n'appartiens pas au village. Mutuellement, on ne se saisit pas.  Pourtant, il y a nombre de visages connus, dans ce village. Des bises, quelques mots. Des rencontres fortuites et agréables. Mais la plupart des liens, hors de la famille, sont des liens de seconde mains. Des "amis de". Pas "mes amis de". Mes amis, ils  n'habitent pas ici, ils n'habitent plus ici depuis longtemps.  
Tout est trop fort, la musique, les rires, et la voix. Forcés. Un éclair de grâce, parfois. Rare. C'est la voix d'L qui me donne envie de danser, seule dans le salon. Avec un verre de vin blanc blanc à la main. De ces danses langoureuses, et solitaires, de ces danses essentielles, de ces crimes sans témoins. Alors, je rentre, et je me réjouis dans la solitude de la maison tardive. 

Les moments d'avant me reviennent par bribes. La nuit de travail, les fou-rires nerveux qui me ramènent à une époque stéphanoise lointaine. Se sentir solidaire, dans cette fatigue, entre le point Aznavour et le point Dalida. Avoir mal aux mains et aux avant-bras à force de tapoter sur des touches. Rire des petites bêtises. Ne pas s'endormir, exténués. 


Plus tard, les brins d'herbes chatouillent les jambes, et créent un reflet sur mon pied, juste au dessus de la grande morsure de rose. Les mots se déplient, entre les silences. Tout pèse son juste poids, tout est reçu et entendu. Des tracteurs, quelques familles, des promeneurs avec leur chien. Du passage et nous restons près du tronc couché, pas immuables mais d'une certaine manière stables. L'enthousiasme. Les confidences, the confidence. Les étoiles, le chaos, et les lianes qui les attrapent au lasso : constellations. Des nombres, des noms qui lient nos vies, qui font des formes sur nos crânes et reflètent les complicités. Les fourmis pendant ce temps s'activent dans un désordre feint. Elles escaladent les bras, les jambes, les sacs du pique-nique, silencieusement. Les idées, les projets, suivent ce fourmillement. Un papillon, une coccinelle. Antigone veille encore au dessus de nos têtes, au dessus de nos refus, à l'oreille de nos aspirations. Et le silence. Et le silence. L'essentiel nous croise, nous tricote sans fin. Tout est une étape d'une très longue conversation entamée il y a environ huit ans. L'heure a passé, le temps a glissé sans nous déranger. Reste au soir, la lumière sur le forêt, et nos voix dans la voiture. Pleines encore de ce moment multiple. Au revoir, et qui sait, à demain... 

mercredi 8 février 2012

Epapillée

Le mot que je cherchais m'a sauté aux yeux dans une copie de brevet blanc. 
Je suis épapillée
C'est un peu comme les bêtises de Cambrai, cette histoire là. Un(e) collégien(ne) fait une faute anodine, un simple oubli. Un petit R, à coincer entre deux lettres et rien n'y aurait paru. D'ailleurs, s'il n'était pas si tard et si ce n'était pas moi derrière la plume, cette erreur, ce flottement n'aurait été qu'un brin de rouge en plus sous les vagues de bleu. 
Mais la poésie a cela de merveilleux qu'elle nous surprend dans les lieux qui - pardonnez moi de le dire - en semblent de prime abord totalement dépourvus.
Epapillée.
C'est bien ça, ce genre d'absence qui me prend parfois. Ce découragement, cette ablation du goût, de l'envie. Un épapillement.
Je garde. Dans une besace au fond de la gorge où palpite encore ce soir quelques papilles pour goûter le jeu de mots. Où palpitent quelques rares papillons encore là, fatigués mais résistants, babillant de leurs froissements des courages essentiels.
Deux copies plus loin, il y a eu le sentiment d'être malhalaise. Si si, comme je vous l'écris. Il faut le dire vite, l'écrire tout serré. Mettre un H, comme si cette histoire d'aise avait un rapport avec, je ne sais pas, l'haleine. Comme si cette hache faisait bloc pour essayer de trancher dans l'angoisse et l'anxiété. 

Le texte sur lequel s'appuyait ce sujet était tiré de La Petite Chartreuse de Péju, un des livres reçus lors d'une de ces chaînes assez folles. Dublin, tout ça. La vie qui se reboucle encore une fois. 
Et deux nouveaux mots pour ma langue, pour la votre aussi peut-être ?

dimanche 22 janvier 2012

La Rapporteuse #10

Pendant que j'infuse ces derniers jours dans la ville familière, je vous envoie ces sculptures de silence découvertes dans le bruit :


"[...] Si je ne m'éveille
Repue de tous mes rêves
Festives écorchures."

"Quand la nuit consent à me parler
C'est à la lame
Qu'elle émince
Les lieux de certitude
Qu'elle mutile
Les aimés en solitude"

Ananda Devi, Quand la nuit consent à me parler, Editions Bruno Doucey



samedi 26 mars 2011

Les journées à plusieurs journées

Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ? Ces journées à plusieurs journées ? Ces journées un peu invraisemblables parce que vous avez l'impression d'avoir vecu tellement de choses différentes voire contradictoire que tout ça n'a pas pu se passer en quelques heures, mais en fait si ?
C'est un truc qui m'arrive régulièrement. J'ai pas l'impression d'avoir une triple vie et pourtant y'a des jours où le patchwork me guète. Où on ne sait plus trop où sont les coutures qui relient tout ça. Où est le lien. Où pas grand chose à part le corps, sa continuité rattache ce qu'on est une heure et ce qu'on est l'instant d'après. Parfois j'ai l'impression que seule cette fatigue du corps, de la chair et des muscles qui ont enregistré tout ce que j'ai vécu, me rattache à moi-même.
Jeudi, je donnais des cours, c'est le jour un peu maudit pour les premières. Sans entrer dans les détails, c'est une après-midi longue et difficile pour eux comme pour moi. La différence, c'est que j'ai appris à être tenace, a trouver des ressources et de l'énergie, à ne pas abandonner. Pas eux. La différence, peut-être, c'est que j'ai conquis petit à petit des facultés de travail et de concentration et qu'eux ne voient pas tellement l'intérêt de l'effort. Je ne dis pas ça par passéisme ou par mépris, je me rappelle trop bien de la personne que j'étais à 17 ans. Je trouve juste que leur manque de tenacité est un peu triste. Qu'ils ne se rendent pas compte que c'est eux-même qu'ils pénalisent en ne considérant le français que comme une matière mineure au bac. En n'essayant même pas de maîtriser ce code commun indispensable. J'ai laissé passereaucoup de choses. Trop peut-être. Un partie de petit bac (ils en sont trop fiers), des retournement intempestifs, un vocabulaire inapproprié (mais genre vraiment inapproprié). Mais leur grossierté, ce jour là, était de trop. Je les ai vu hier, dans la joie et dans la bonne humeur. Leur émotivité m'épuise. Leur over-débordement aussi.
Et puis j'ai fait de la route, avec des muscles tendus et douloureux. J'ai profité des paysages incomparables (si si) du Bugey seule, dans la voiture, longtemps. Belley m'attendais, j'allais être en retard mais j'allais y être quand même. Je me demandais comment ressurgiraient ces sortes de fantômes d'un moment hors du temps. Quelles formes auraient ces silhouettes si bien dessinées dans le décor normand. (pour la peine, je réouvre temporairement le mini blog "Irons nous plus loin ?") Au bout de la route, dans "l'or du soir qui tombe" (désolée, j'ai relu plusieurs fois "Demain, dès l'aube..." pour les cours), il y a les arcades et la pierre, et la salle. J'entre avec le moins de bruit, d'éclat possible. J'ai manqué la moitié de la conférence. Elle est là, et ses yeux se ferment parfois, le front contre les mains. La fatigue, la concentration. Elle est requise par ces rencontres, par ces réunions. Elle se rend disponible, au service de l'oeuvre. Il y a une autre elle, avec qui nous avions longuement discuté. Et puis quelques lui aussi, moins proches. Des profs, tiens donc. Nous sommes peu nombreux dans le public, je crois être la seule de ma génération. Cela m'attriste. A la fin, il y aura des poèmes sortis des livres. Et puis des discussions plus "confidentielles", dans la douceur de l'entre-deux. Elle glissera quelques mots à mon sujet, à une connaissance, quelques mots qui me font dire que j'ai réussi à communiqué mon travail, ma passion, ma douleur aussi peut-être. Que ces pages blanches un peu rigides ont été reçue avec amour et bienveillance. Il y aura les bras, la fatigue avant de se reprendre, de continuer. Il y aura la correspondance.
Tout ça a duré bien longtemps, bien trop pour que je sois à l'heure au rendez-vous. Plus de forfait, pas d'appel. elle va attendre devant l'ordi. J'essaye de me dépêcher.
La route est revenue, avec une halte-hamburger (c'est tout ce qui était ouvert), puisque le creux qui n'avais jusque là pas eu la place de s'exprimer se faisait béant. Et la nuit, les pierres, les routes sans éclairages, la solitude presque bienheureuse malgré la fatigue découpe mes jambes. Une pause-pipi dans le nulle-part, dans une certaine peur enfantine. La radio tourne, puis plus, puis encore. Le choix de la route. J'hésite. Je prends la minuscule route qui gravit la petite montagne, qui se perd dans les bois, qui tombe dans des précipices. Je me plante, je fais quelques allers-retours pour rien. Je vais arriver tellement tard. I'm so mad.
Et puis, si près de l'arrivée, je m'apprête à croiser une autre voiture. Qui s'arrête. Je m'arrête un peu avant, j'ouvre la fenêtre. Une biche convulse sur le sol. Je ne sais pas quoi faire. Elle n'arrive pas à se relever, je ne sais pas comment l'aider. Je panique devant ses grands yeux. Devant sa peur, son angoisse, sa détrsse. Un homme descend, il l'a heurtée il ne roulait pas vite mais n'a pas pu l'éviter parce que j'étais en face. Un grand silence s'installe entre nous trois. Prise à la gorge. La blessure est trop grave. Il me dit, avancez, je vais abréger ses souffrances. Je suis rentrée, un peu paralysée, choquée. La peur dans ses yeux, et ses mouvements désespérés pour y arriver.
Parler, écrire, expliquer le coup de fil raté. Dormir. Demain, il y a des copies à corriger.

jeudi 24 mars 2011

Trust me

Si je vous raconte ma soirée en vous disant qu'il y a eu un gros coup de gueule dans une classe de première, une question sur le lien entre poésie et lobe pré-frontal, un mot qui me ferait presque dire "bon ça va, je peux mourir maintenant", une biche agonisante, des routes improbables, et quelques retrouvailles cerisiennes, je crois qu' "y dit qu'il voit pas le rapport".
J'essaierai de vous raconter demain, là je suis trop fatiguée et trop en colère d'avoir manqué un coup de Skype qui me tenait vraiment vraiment à cœur !