dimanche 11 décembre 2011

La Rapporteuse #9

"Je décolle souvent et voyage toujours pour voir si le lieu du leurre ne se confond pas avec celui de ma main.
Il faut pourtant y arriver, que ce soit sans hésitation là et pas ailleurs que cela se passe.
C'est si dur d'accepter l'abruti qui se trouve en soi, et comment faire sans lui ?"

Nicolas De Staël, lettre à René Char, Lagnes, 12 novembre 1953


samedi 10 décembre 2011

Tessons et cailloux #7

Une belle moisson de pierres pour cette nouvelle saison, et quelques tessons, aussi.
Les tessons ce sont les mots comme des lames qui déchiquètent le travail, cisèlent l'incompétence, écorchent les doutes, et plantent les envies, au pied du lit. Ce sont ces attitudes qui vous disent "on s'en fout", qui vous disent, "on ne veut pas". C'est la rage que je sens monter dans cet élève sans plus de mots, qui me fait face, tête baissée, alors que je sais tout ce qu'il pourrait être, et vivre. La crainte peut-être de sentir qu’il a sans le savoir le même secret que moi à son âge. C'est la fatigue qui me m'arrache à moi-même, à l'écriture. C'est ce bruit permanent du collège dans ma tête, cette dépossession.
Mais
Il y a ces miracles petits du quotidien, quand les cinquièmes s'y mettent, quand les 4e plongent avec Jean Valjean.  Les collègues bienveillants, et les fin de semaines me sauvent d'un exil social forcé.
Il suffit de : Courir, entre les parois du laser game, se faire avoir souvent, viser juste parfois.
Se dire que c'est chouette d'être dans une famille où soudain, on se met à chanter "Les gens" de Brel à table, ou bien du Dimey. D'être née dans une famille où on chante tout simplement. Parce que dans le chant, il y a un "ensemble" à nul autre pareil, une force commune qui répare et apaise. Dans les verres, un Montbazillac, et de la magie dans les assiettes.
Le collège bruisse d'un silence, le vendredi soir, et baigne dans un calme miraculeux qui n'existe à aucun autre moment. Les voix soudain résonnent, et c'est si rare.
En rentrant tard dans la nuit, je repasse par cet endroit qui de jour m'illumine. Cet espèce de plateau qui offre ses verts tendres, ses flots de ciels. Et c'est fou qu'à minuit, le ciel continue d'offrir une certaine lueur, comme une pointe de bleu au milieu du noir. Penser au Petit livre des couleurs, de Pastoureau. Il fait bon dans le village aux lumières éteintes, juste un gilet sur les épaules. Si les jambes ne cognaient pas si fort, j'irais me promener ! Il fait clair, pour décembre.

vendredi 22 avril 2011

An early end...

... for now anyway !

I may write to you someday, maybe, if...

Take care and thanks for coming ;)


(cet espace s'autodétruira d'ici quelques jours)

jeudi 21 avril 2011

Désert

Vous aussi vous entendez souffler le vent ?
  Is there anybody out there ?

mercredi 13 avril 2011

La Rapporteuse #8 La marelle

"La marelle sur le trottoir pousse pousse mon caillou noir 
La marelle s'ennuie le soir quand les enfants sages font leurs devoirs
La marelle sur le trottoir à la craie rose sur goudron noir
La marelle sur le trottoir qui raconte sa petite histoire 
La marelle nous donne l'espoir d'aller jusqu'au ciel sans jamais s'assoir 
Ppousse pousse mon caillou noir depuis la terre il faut bien y croire 
La marelle sur le trottoir les gens marchent dessus sans la voir
A la craie rose sur goudron noir elle s'effacera comme les histoires 
Quand la télé brille le soir pour la marelle il n y a plus d'espoir"
 Anne Sylvestre
D'abord, parce qu'il va y avoir la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne ce week-end et que j'ai hâte. 


Ensuite, j'avoue, je connais presque par cœur Les Fabulettes en couleur d'Anne Sylvestre. 

Outre que j'y ai passé des heures, de la joie, de l'émotion, parfois des larmes
Outre que chaque chanson me rappelle confusément qui j'étais il y a des années
Outre que le corps est parfois tout ce qui me raccorde
Outre que j'aimerais ne pas penser à Proust en disant cela
Outre que la plume d'Anne est fabuleuse
Outre que les enfants n'y sont pas pris pour des demi-êtres, incapables de profondeur et de mélancolie...

Je viens de réaliser combien il y a dans cet album des traces de ce que je suis. De ce que j'étais. De ce que je ne savais pas que j'allais être. Et la marelle. J'ai écrit sur la craie ces derniers mois. Je n'avais pas fait le lien, pourtant tout était là, déjà plein, et il a fallut tout réinventer, se faire ré-éclore, se réapproprier sans cesse. Je pourrais dire pareil pour la danse, la sororité. je comprends mieux pourquoi cette photo sur le mur jaune, face à mon bureau. Tout était écrit, pas pareil. Les intempéries, le temps effacent et puis, cela revient, autrement, quand même. Comme si c'était nouveau. Et ça l'est. Cela revient, chaque fois. Différent. Pareil.
A la craie.

vendredi 8 avril 2011

La Rapporteuse #7

"Tanzt, tanzt sonst sind wir verloren"

(©NFP (Warner))
Cinémazée vie

Et, comme de par hasard, c'est de danse, de Pina Bausch qu'il s'agit. Bah tient ! 
Pina de Wim Wenders est sorti mercredi, j'y ai marché, vite, hier en fin d'après midi... Bah tient. 

Le documentaire, en 3D, était prévu depuis longtemps, Pina avait choisi quatre pièces et puis la mort s'en est mélé, juste avant les premiers essais. Wim Wenders a finalement de décidé avec la compagnie du Tanztheater Wuppertal que si ce film ne se faisait pas avec Pina, ils le feraient tous ensemble pour Pina. Entre images d'archives et reprises de chorégraphies dans des lieux insolites, que la danse vive, encore, quand même. 

Sans doute l'hommage donne à l'ensemble  une émotion particulière. Mais ce n'est pas ce qui m'a le plus frappé. C'est cette manière de filmer, au niveau des corps, leurs tensions, déchirure, leurs os, leur grâce. Là où être animé semble prendre sens. Filmer la danse pas seulement pour en rendre compte. Pour nous emmener, aussi, assis, à danser. La 3d donne à l'écran la profondeur de la scène, sans qu'on oublie qu'il y a l'écran, les changements de plans, de niveau, de regards. Sans que rien ne soit figé. Ce film était une sensation si intense... Le rappel profond du corps, de l'instant. 

J'ai eu la sensation en sortant que je n'avais pas tout à fait le même corps, et que je ne regardais pas celui des autres exactement pareil. C'est déjà beaucoup, non ?



"Dansez, dansez sinon nous sommes perdus" Pina Bausch